Ne retiens pas tes larmes

J’ai pourtant sous la jupe un billet tout léger, tout frais, prêt à poster, dans lequel je souhaitais partager avec vous mes derniers coups de cœur lecture.

Mais il y a ces larmes que je vois couler sur ton joli visage, mon amie.

J’y pense et j’y repense.

En tant que femme et  encore plus en tant que maman, ces larmes me touchent.

Au-delà de ces deux raisons plus qu’évidentes, elles me touchent parce qu’elles me parlent.

Elles me parlent pour une raison très simple : je crois savoir ce que tu ressens car je me suis retrouvée dans la même situation et je crois donc connaître le goût amer de ces larmes et le son aigu de tes silences.

Je dis bien « je crois », ce que nous ressentons est tellement propre à chacune de nous.

C’est une décision difficile à prendre, qui de surcroît doit être prise dans un délai assez court.

Je connais le poids accablant de cette solitude et de ce sentiment d’abandon.

Prendre cette résolution qui est en fait une sentence, seule et murée dans ce mutisme suffocant est un acte très courageux, ne pense pas le contraire.

Il y a quelques années, quand je me dirigeais vers la clinique, je n’ai pas versé une seule larme.

Je savais que c’était la bonne décision et mon destin m’a confirmé que mon jugement (sans appel) avait été lucide et plein de bon sens (pour une fois me dirait ma mère) puisque nous nous sommes séparés 3 mois plus tard.

L’infirmière me demande si je suis seule. Silence. Elle comprend que oui.

L’infirmière me demande si je suis sûre de ce que je fais. Je lui réponds un oui timide.

L’infirmière insiste. Je lui réponds que bien évidemment que je suis sûre, je suis là parce que je le veux et parce que je veux redevenir maîtresse de ma fortune.

Non, je ne veux que le papa soit au courant.

Je t’avouerai avoir ressenti sur moi le regard de pitié du personnel féminin mais il m’en importait peu.

Mon médecin avec qui j’avais longuement échangé au cours de la semaine me soutenait et avait rapidement saisi les enjeux de cette décision, si elle avait été contraire.

Mon amie, il en est de même pour toi aujourd’hui.

La maternité te tient à cœur, je le sais, je me remémore encore les discussions quand nous étions enfants.

Et pourtant, ce ne serait pas juste.

Ce ne serait pas juste pour toi, ni pour lui.

Aucun couple fragile ou en rupture imminente ne se sauve grâce à la venue d’un enfant.

En tout cas, moi, je ne le crois pas.

J’en parle assez souvent, la venue d’un enfant au sein d’un couple éveille ou réveille fréquemment des désaccords et des tensions moins visibles auparavant, parfois difficilement surmontables.

Mon amie, tu as pris la bonne décision et ne laisse jamais, à aucun moment de ta vie, personne te dire le contraire.

Tu viens de te donner une nouvelle chance de te libérer, je t’en prie, saisis-la.

Ce n’est juste pas le moment pour toi aujourd’hui. Ce n’est juste pas lui.Il viendra.

Tu t’es emplie de courage, je t’en félicite et je suis fière de toi.

Et tu oublieras, tu grandiras et tu vivras, crois-moi.

Moi aussi j’ai oublié.

Ce dont je me rappelle aujourd’hui c’est le  beau sourire du médecin, à mon réveil qui me murmure «Je sais que ce n’est peut-être pas le moment mais je vous souhaite tout de même un joyeux anniversaire, vous allez y arrivez, vous êtes une battante».

Toi aussi mon amie, tu es une battante et tu vas surmonter cette épreuve comme je l’ai fait.

Je serai là à tes côtés, mon amie, je tenais à te le dire.

 

 

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