S’il vous plaît, ne me brusquez pas.

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Alors c’est ça la nouvelle devise.

Plus fort que liberté, égalité, fraternité.

Il faut continuer à vivre.

Évidemment.

Je le fais,  pourtant.

Peut- être pas avec conviction mais avec grande auto-satisfaction.

Seulement je vous demande, ne me brusquez pas.

Ne me demandez pas d’effacer comme par magie toutes ces images de ma mémoire.

Ces avis de recherche qui pour beaucoup trop ont mis un point final à leur histoire.

Ne me demandez pas d’oublier ces témoignages bouleversants.

Ces larmes et âmes volées qui ne cessent de me hanter.

Ne me demandez pas de mentir.

Vous dire que mes nuits sont paisibles et reposantes serait un vilain mensonge.

Vous cacher que, alors que mes yeux cherchent encore la pénombre, mon premier regard du matin  se pose sur mon smartphone ne serait pas très honnête.

Vous parler de mon trajet vers mon boulot comme une promenade légère et dénuée de peurs serait une piètre boutade.

Vous affirmer avec véhémence que je ne sursaute pas au moindre cri, au plus léger crissement de pneu, aux pleurs d’un enfant, serait vous tromper une nouvelle fois.

Cette semaine écoulée a été pour tous très difficile.

Entre larmes et rires nerveux, chacun essaye de faire face à cette menace qui nous touche tous, sans exception.

Chacun à sa façon.

La vie doit reprendre, nous efforçons-nous tous de crier.

Ces derniers jours, je me suis vue accablée de critiques, ai nourri des discussions parfois violentes (comme si on avait besoin de ça en ce moment), simplement parce que j’ai osé dire à haute voix que j’avais peur.

Que j’avais peur de me rendre au concert prévu depuis des mois la semaine prochaine.

Que au même moment où j’écris ce billet, je suis descendue du train pour changer de wagon.

Que je crains pour mes enfants.

Que ce week-end, je n’irai pas au centre commercial.

Que je préfère rester avec les miens avec un bon chocolat chaud et de l’amour plutôt que de m’afficher en terrasse avec la peur au ventre.

Est-ce mal?

Est-ce si mal d’avoir peur qu’il m’arrive quelque chose et que mes enfants se retrouvent sans maman?

Je lis partout des billets prônant l’attitude contraire, le refus de la peur, le déni de la terreur.

Et je trouve cela très bien, je leur dis BRAVO.

J’aimerai être ainsi et faire partie de cette force collective qui se déploie franchement, ce courage, ce tempérament guerrier, cette sorte d’effronterie.

Vous savez, comme vous, j’aime rire, boire, manger, sortir, danser, m’amuser.

Mais la tolérance c’est également ça, acceptez les réactions de l’autre, essayez de comprendre ses peurs et pourquoi pas le rassurer.

La vie reprendra le dessus, je n’en doute pas.

Mais seulement à une semaine de ces terribles événements, ne me demandez pas de faire semblant.

Oui, je vous demande, s’ll vous plaît, ne me brusquez pas.

14 réflexions sur “S’il vous plaît, ne me brusquez pas.

  1. Tes sentiments sont tellement normaux, Cristina !!! Personne n’a le droit de te juger ni de te brusquer ! Chacun son rythme dans la reconstruction… Une semaine, c’est si peu. Courage ma belle et merci pour ce billet magnifique qui exprime ce que nous pensons tout bas… Gros bisous.

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  2. Comme je te comprends Cristina. J’ai été accueilli avec quelques critiques cinglantes lundi matin. Et j’avoue que je me suis sentie blessée. Car comme tu le dis nous avons le droit d’avoir peur. C’est humain. Comme toi, je préfère rester près des miens. Le coeur n’est pas à la fête non plus. Trop de choses à digérer.
    Pourtant chaque matin je dis « non » à la peur, comme toi, pour me rendre au travail, déjeuner avec des collègues, reprendre les transports le soir.
    Beaucoup cherchent à se protéger en disant « même pas peur ». Chacun fait comme il peut.
    Je t’embrasse et te souhaite un doux weekend.
    Marie Kléber

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    1. Merci Marie, quelque part cela me rassure de voir que je ne suis pas la seule à ressentir cela. Et c’est exactement ça, nous disons peut chaque matin en continuant notre vie, sinon nous resterions cloîtrées chez nous. Merci Marie pour ce gentil mot, bon we à toi aussi avec ton petit escargot. ❤️

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  3. Je te comprends…Il faut du temps pour guérir de toutes ces blessures…Prends ton temps…Fais au mieux. Il n’y a pas de mode d’emploi…Chacun son rythme…Tu as le droit d’avoir peur ! Je pense bien à toi. Je t’embrasse

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  4. La peur est légitime et dire « on n’a pas peur » est juste une fççon de se rassurer soi-même. Et de leur tenir tête. Mais personne ne souhaite mourir sous les balles d’une kalashnikov, donc on a tous peur si on est honnête… Tu n’es pas seule. Mais on doit aussi leur dire qu’on continuera à vivre, parce que c’est comme ça, choix ou pas, on doit vivre et ils n’y peuvent rien. On ira bosser, faire des courses, même si on y va moins, etc…. La vie de tous les jours nous rattrape…. Même si on y pense….
    Preuve en est que malgré le discours, personne ne veut mourir, dimanche le mouvement de foule à l’explosion d’une ampoule alors même qu’il y a marqué « même pas peur » sur la statue de la Place de la République…..
    Bisous et courage ma belle !!

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  5. Tu as peur, tu n’es pas la seule Cristina. Demain soir je prends l’avion pour Paris, un avion Air France, et je peux te dire que je ne vais pas faire la fière. Je n’annule pas ce voyage prévu depuis des mois, parce que je ne veux pas céder à la panique, mais je refuse d’être dans le déni de ce que je ressens. Je vais prendre l’avion, pour me rendre dans une ville en état d’urgence, à des milliers de km de mes enfants. Et comme toi j’ai peur.

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  6. Oui chacun fait comme il peut, à son rythme.
    Je dois avouer que même encore maintenant je ne suis pas très à l’aise quand je vais en ville et que je monte dans le bus . Je n’y pense plus tout le temps, mais de temps en temps oups, ça revient 😦 .
    La première semaine j’ai eu la chance… de ne pas avoir à sortir, je n’en avais pas … « envie »…

    Même si je dis et je pense moi aussi qu’ ils ne me cloîtreront pas ah mais ! je ne m’appelle pas Ironwoman et je n’ai pas envie de me faire trouer la peau par un fou furieux qui n’a rien compris à rien et le fait savoir à coup de fusil et de bombes !
    Fais les choses à ton rythme et ne pense pas aux autres qui te critiquent 🙂 J’aimerais bien être dans leurs petits souliers… je suis presque sûre qu’ils y tremblent… juste un peu 😉

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