C’est l’histoire d’un dîner presque parfait, d’une robe trop moulante et d’un mariage qui n’aura jamais lieu…

Lors de nos festoyances des 1095 jours (quoi tu ne sais pas que nous avons franchi avec succès ce cap fixé par Fred Beigbeder), nous avions décidé  de nous faire plus que plaisir, de nous amputer d’un demi-salaire mais surtout de vivre un moment inoubliable, tout ceci avant l’arrivée du 1er acompte des impôts (garder les escarpins sur terre, toujours, il le faut).
Nous avons donc rendu  visite à Alain qui avait pris, depuis quelques années déjà, ses quartiers chez Gustave (Eiffel).
Surmontant mon vertige qui s’aggrave au fil des années, parée de ma superbe robe rouge (qui me fait des seins enooormes à l’insu de mon plein gré, personne ne me l’a dit, comment est- ce possible, j’avais l’impression d’être une actrice X sur les photos), nous voilà simplement mais avec classe accueillis à 123 mètres du sol, 2eme étage de la Grande Dame donc.
Comme demandé lors de la réservation, nous avons été installés à une table près de la fenêtre, avec une vue imprenable sur la capitale.
Étoiles plein les yeux, paillettes sur le string, rouge à lèvres passion Chanel, effluves de parfum langoureux, nous ne pouvions être plus que ça dans un état de romantisme (gnangnantisme) aigu, profond mais recherché, il faut se le dire.
J’aime les adjectifs qualificatifs.
Nous savourions notre cocktail Eiffel qui nous avait déjà coûté une demi-cuisse, nous jurant un amour éternel (je restais néanmoins inébranlable par rapport à ma position d’avoir un bébé, faut pas déconner non plus), quand un couple apparemment étranger est venu s’installer à la table voisine de la nôtre.
Très vite, je les entends parler une langue que je connais très bien, ils parlaient le portuguech.
Je laisse alors traîner une oreille pour écouter ce qu’ils disent, j’adore faire ça quand les gens ne savent pas que tu comprends leur langue étrange (et puis tu sais bien que nous les portugais, on est tous un peu concierges dans l’âme).
Nous avons choisi le menu Expérience à 5 plats qui, au stade du 1er plat, m’avait déjà amputée des deux jambes, de mon ventre fripé de maman (pas grave) et du sein gauche (que j’aime plutôt bien, ça me contrariait un peu plus).

Vous l’aurez compris, jamais le Jules Vernes pour un premier rendez-vous.

Vous imaginez si c’est foiré? Vous mangez des coquillettes-jambon pendant 6 mois.

J’entends ce charmant compatriote, apparemment issu d’une classe huppée et semblant presque blasé de fréquenter des restaurants étoilés, lancer à sa charmante épouse que j’avais vraiment l’air pitoyable en train de prendre des photos.

Je me suis retenue de lui dire qu’il n’avait pas l’air con avec ses chaussettes rouges et jaunes à petits pois.

Je me tais, mi-mièvre, mi bourrée, ignorant cette remarque et laissant tout de même mon portable de côté pendant quelques minutes, décidée à continuer de faire exploser le zip de ma robe.

Foie-gras de canard confit, saint-jacques dorée  et turbot engloutis avec l’art et la manière d’un restaurant si chic (alors qu’en vrai j’avais envie de lécher mon assiette et invoquer tous les Dieux tellement c’était succulent), arrive le moment du premier dessert.

3 personnes s’approchent alors de notre table avec les assiettes en nous souhaitant en cœur « Joyeux anniversaire de mariage ».

Dans une assiette sans prétention se disposait un vacherin contemporain mangue, citron vert et vanille, sur laquelle trônait royalement une bougie, the bougie.

Oui, une bougie, difficile d’en mettre 1095 les amis.

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Nous avons ri quand nous avons entendu « anniversaire de mariage » et avons soufflé comme des enfants, déposant sur ledit vacherin quelques vapeurs d’excellent alcool.

La personne qui avait pris la réservation avait du noter anniversaire de mariage à la place de « anniversaire de rencontre ».

Quelle est la différence?

Attention, cette remarque anodine n’est pas passée inaperçue à l’inspecteur Derrick qui décalquait avec un peu plus de minutie que le savoir-vivre ne le permet, nos doigts entrelacés.

J’étais soulagée, ma manucure datait de la veille, aucun souci de ce côté-là, je laissais alors retomber la pression (pas de ma robe, ne t’emballe pas).

« Regarde Joana, ce sont des menteurs.

En fait, ils ne sont pas mariés, aucun d’eux ne porte d’alliance.

Ah oui, c’est vrai ça, pourquoi se font-ils passer pour des gens mariés alors ?

Ce sont peut-être des serials menteurs, ils s’inventent une vie.

Oui ou peut-être qu’il s’agit d’un couple illégitime ».

Non, tu n’es pas dans l’épisode 43 de la saison 78 des Feux de l’Amour du Brésil.

Je suis bon public, j’ai ri, et j’ai continué à entretenir ma panse.

Le dîner s’est merveilleusement bien passé et bien que cela ne soit pas l’objet de ce billet, je vous recommande vivement ce restaurant, pour une occasion spéciale, évidemment.

C’est assez magique et étrange, de savoir que tu te trouves à l’intérieur même d’un des monuments historiques les plus visités au monde, le symbole de Paris, le fief du romantisme, à déguster un repas de gala, avec un personnel attentionné mais non envahissant.

C’est comme un rêve de petite fille.

Mon autre rêve de petite fille était de faire un mariage de princesse.

Bon, j’en ai déjà parlé ici, pour moi c’est raté, cela se produira certainement dans une autre vie, je ne perds pas espoir hein, je n’ai pas été sage dans celle-ci, je n’avais qu’à écouter mes parents.

Ce fut longtemps pour moi un sujet très sensible, vivant toujours par procuration le bonheur des demandes en mariage de mes copines, me demandant pourquoi elles et pourquoi pas moi.

Une fois que tu as tourné la page, 22 300 verres de vodka et autant de plaquettes de chocolat au beurre salé plus tard, tu te fais une raison.

Je ne suis pas mariée, je ne porterai jamais de robe blanche (en même temps, t’as vu les kilomètres au compteur maintenant), sur lesquelles j’ai bavé mille ans et me suis imaginée pieds nus, sans culotte, courant dans un champ de coquelicots, cheveux aux vents.

Certes.

Est-ce que le mariage est vraiment ce qui rend un couple légitime ?

J’ai longtemps pensé que oui, me disant que j’en aurai marre d’être présentée à 107 ans et quelques dents en moins, toujours comme « l’amie », « la concubine », la « chérie », la « compagne ».

Je voulais être la « femme de ».

Je ne le serai pas, ça fait un peu suer les marmites, surtout quand tu sais qu’avant toi, une autre a eu droit à tout le tralala et quand observe aujourd’hui le résultat …(best-of de gros mots).

Et bien laissez-moi vous dire que ce n’est pas pour cela que je ne serai pas heureuse, que je ne  vivrai pas intensément nos moments de bonheur.

Ce n’est pas parce qu’il y aura à chaque fois deux noms sur les réservations des chambres d’hôtel ou que je me ferai encore draguée parce que « tu ne portes pas d’alliance Mademoiselle », que je me sentirai moins le droit d’aimer et d’être aimée.

Ce n’est pas parce que notre union ne sera pas célébrée devant témoins, qu’elle n’en sera pas moins vraie.

Et peut-être que quand dans 1095 autres jours, nous retournerons au Jules Vernes, je continuerai à glousser comme Kevina,toujours dans ma robe rouge trop moulante  à prendre des photos comme la première fois, et sur la table je danserai la Samba (c’était juste pour la rime), mariés ou pas, je ne me sentirai pas moins légitime pour cela.

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Bonne semaine à tous chers concubins !

15 réflexions sur “C’est l’histoire d’un dîner presque parfait, d’une robe trop moulante et d’un mariage qui n’aura jamais lieu…

  1. Je me souviens quand j’habitais en Ecosse, on avais 22 ans et on parlait tres fort en francais avec 2 copines de la soiree arosee de la veille et des garcons qu’on y avait drague. 5 min plus tard, le Mr tres serieux de la table d’a cote vient nous dire bonjour. C’etait le consul francais ahem…
    Et sinon, nous ne sommes pas maries. Mais on a fait l’equivalent du PACS ici, il m’a donne une jolie bague et m’appelle sa femme. Ce qui compte, c’est le vecu ensemble

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  2. Bah, on n’est pas marié non plus… mais l’homme m’a fait la plus belle preuve d’amour qui soit en adoptant ma fille qui est devenue la sienne… et puis, il dit ma femme quand il parle de moi… je dis mon mari… un bout de papier et une fête n’auraient rien changé à cela 🙂 Bisous

    Aimé par 1 personne

  3. Je ne commente pas d’habitude mais ton voisin de table m’a vraiment agaçée ! Franchement de quoi se mêle-t-on ? Vous êtes très mignons tous les 2 mariés ou pas et si ça peut te consoler il y a aussi des couples mariés (enfin le mien du coup) qui ne portent pas leurs alliances, donc…

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  4. Si je te dis que je ne compte pas me marier à nouveau!
    Votre voisin de table avait l’air d’être un sacré personnage, grossier personnage surtout. Je suis sûre que tu devais être sublime dans ta robe rouge.
    La robe blanche, c’est passé de mode. Le mariage, on a tenté et on en a soupé. Ce qui compte je crois le plus c’est ce que vous vivez aujourd’hui. Respire fort dans ce qui vous unit. Les autres, on les emmerde ma belle!

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    1. Je te comprends Marie, avec ton histoire, cela laisse vraiment des séquelles…Je comprends encore mieux je pense après avoir lu ton livre… On y retrouve beaucoup de moments de ta ce je pense, si bien exprimés …Oui, tu as raison, on les emmerde! Gros bisous

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  5. Je te tire mon chapeau, je ne sais pas comment tu as fait pour ne rien dire à ce voisin de table bien insultant !
    Ce que je lis, c’est beaucoup d’amour et une belle soirée ensemble pour célébrer un jour spécial. Avec cette histoire d’amour « atypique » que je vis, je me dis que le mariage n’est pas forcément ce vers quoi chaque relation tend. J’ai besoin que mon amoureux soit aussi mon meilleur ami, et qu’on s’aime avec beaucoup de respect. Et pas besoin de mariage pour ça.

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