Tout n’est pas si rose à Paris, tu sais

Paris et ses merveilles.

Ses pavés qui ont peut-être vu naître vos amours, ses bancs qui ont sans doute recueilli un jour vos chagrins.

Ses quartiers dans lesquels on aime à se perdre, suspendus dans le temps, légers comme le vent.

Son histoire que l’on touche du bout des doigts, ce festival de beauté qui nous émerveille à chaque fois que l’on se donne à elle.

Ses lumières, ses belles femmes, son arrogance qui nous fascine pourtant, cette sensuelle indécence.

Paris nous touche, nous caresse, nous envoûte, impossible de ne pas se laisser faire.

Sacha Guitry disait :

« Être parisien, ce n’est pas être né à Paris, c’est y renaître »

Source Flickr Photo de Christian Montone
Source Flickr

Cette excitation que l’on ressent quand on vient habiter Paris, nous l’avons tous un jour entendue, souffler son tourbillon de folie dans nos cheveux.

Paris c’est la nuit, la fête, les théâtres, les expositions, les musées, les bars et restaurants dans lesquels on refait le monde et bien plus encore.

Paris c’est aussi le luxe, l’ostentatoire, la magnificence, l’apparence.

Je me rends compte que peu de gens osent parler de ce qui se passe dans les coulisses, de l’envers du décor.

Ayant moi-même vécu à Paris presque toute ma vie, ces côtés plus sombres, moins glorieux dont on parle moins, je les ai tutoyés, encore un peu aujourd’hui d’ailleurs.

J’aimerai tellement parlé d’eux au passé ou à la troisième personne.

J’écoutais l’autre jour une connaissance évoquer sa situation de précarité comme si de la normalité il s’agissait,  tête levée, fière d’être parisienne.

La trentaine, dans la vie active depuis plusieurs années maintenant, elle n’arrive pourtant pas à s’offrir la stabilité à laquelle elle aurait pourtant droit.

Dans le rouge dès le 10 du mois, elle décline à partir de ce jour toute invitation, désormais marqué dans son calendrier comme date limite de toute activité sociale.

En réponse aux différentes tentations qui lui sont proposées elle répondra de façon très convaincante, en arrivant presque elle même à se convaincre, qu’elle va à la gym suédoise, prétextera un mal de crâne ou s’inventera une autre soirée.

Une fois payé  le loyer de son studio de 20 m² au cœur de Paris, il ne va plus lui rester grand-chose pour vivre.

Ce même studio dans lequel la douche est installée dans la cuisine et dont les murs sont  si mal isolés qu’elle entend 3 fois par semaine, les ébats animaliers de ses voisins.

Ça va, ils sont réguliers et organisés, elle sait nous dire à quelques minutes prêt à quel moment la jouissance va intervenir, ça aide.

Ces mêmes voisins qu’elle croisera le lendemain matin sur l’étroit palier du vieil immeuble sans ascenseur, à qui elle ne dira pas bonjour, elle qui partageait pourtant leur intimité la veille.

Si tu veux habiter dans Paris, tu es souvent obligé d’abdiquer d’espace, de confort.

Beaucoup de parisiens optent d’ailleurs pour ce choix , s’ils désirent plus que tout rester dans la capitale, abandonnant souvent leur intimité à la porte de l’immeuble.

Nous avons la chance d’avoir un nombre incalculable de sorties qui s’offre à nous, tellement que l’on ne sait parfois plus quoi faire, finissant souvent par regarder l’Amour est dans le Pré (moi).

Toutes ces sorties ont un prix.

On aime à fréquenter les derniers restaurants à la mode, se vanter d’aller manger le meilleur burger de Paris (à ce prix-là, tu m’étonnes), boire des verres jusqu’à ce qu’on soit ivre et ne plus s’importer du prix que l’on va payer (quand ton banquier t’appelle le lendemain, tu retrouves brutalement la mémoire), mettre en statut Facebook que l’on est chez Costes (en omettant de dire que c’était horriblement cher, pas forcément bon et que tu as été servi par une minette dont tu voyais la culotte- non ça ne plaît pas à tout le monde).

Pas grave, c’est so tendance.

Tout le monde ne peut assumer un train de vie pareil, beaucoup sont dans cette situation, j’ai l’impression que l’on vit parfois dans une hypocrisie perverse.

On s’invente une vie géniale, on la colorie au feutre doré, on y colle des paillettes, un zeste de Narciso Rodriguez  et on laisse les autres croire.

Une vie comme sur Instagram.

Paris, capitale de la mode, difficile de contourner cet aspect aussi.

C’est un peu la compétition, on veut ressembler à, être aussi beau que, respecter à la lettre les tendances véhiculées par toutes les IT-girls.

A Paris la concurrence est rude, c’est sûr, lève les yeux de ton smartphone pendant quelques instants, il se peut que tu te décroches la mâchoire.

Je ris souvent quand je passe à l’accueil de l’immeuble et  je vois les dizaines de paquets Sarenza, Asos, et autres marques affectionnées par la gente féminine.

Les jeunes filles (moi, fille, pas jeune) qui vont récupérer leur paquet, mi- hystériques mi-angoissées, heureuses pour quelques instants.

On ne comprend pas que tu n’aies pas la dernière palette Nude de chez Naked (je l’ai, rassurez-vous).

Je ne suis également pas  convaincue que tous les parisiens se réjouissent de perdre des heures (du temps si précieux) tous les jours dans le métro parisien (MOI, MOI, MOI, MOI).

Il n’y a pas un jour où il n’y ai pas un problème, où tu ne te retrouves pas écrasé par les milliers de voyageurs qui comme toi courent après le temps ou quelque chose qu’ils ignorent.

Oui, après quoi coure-t-on finalement ?

Je dois vous dire que, personnellement, cela a vraiment un impact sur ma vie, à tel point que cette semaine, j’ai pleuré tous les jours en arrivant sur le quai de la ligne 3 (ceux qui me connaissent bien savent qu’il ne faut pas m’en parler), tellement les conditions étaient insupportables : attendre 10 minutes avant de pouvoir y accéder (au quai), laisser passer 10 métros avant de pouvoir aller t’y engouffrer sous une aisselle à l’hygiène douteuse et retenir ta respiration.

Elle n’est pas belle la vie ?

Métro-boulot-dodo, ce n’est pas un mythe que les parisiens ont inventé pour se rendre encore plus intéressants, c’est le quotidien de la majorité.

Alors, certes, Paris nous procure beaucoup de plaisirs, sait nous faire l’amour comme personne, mais ne nous mentons pas, la vie parisienne n’est pas si rose que l’on veut bien laisser le croire.

Entendre des récits comme celui de cette jeune fille me fait toujours énormément de peine et bien sûr, me fait réfléchir.

A une autre vie ?

Bonne fin de semaine à tous, demain c’est vendrediiiiiiiiiiiiiiiiii (pas de métro pendant 2 jours, youpi!)

18 réflexions sur “Tout n’est pas si rose à Paris, tu sais

  1. Paris, Londres, NY… C’est malheureusement la même histoire dans toutes les grandes villes. Seulement, on ne peut pas toujours quitter Paris, car on y gagne sa vie. « Tout n’est pas si facile, tout ne tient qu’à un fil » chantaient le NTM. Et c’est tellement vrai !

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  2. Tu le sais j’aime Paris mais ses côtés sombres me donnent le tournis parfois. Des habitats lugubres et ces fins de mois qui commencent trop tôt pour beaucoup, comme cette jeune femme, pas assez pour profiter de tous les charmes de la capitale et puis tous ces lits de fortune à deux pas des hôtels 4 ou 5 étoiles. La misère qui s’étale dans les rames de métro et nos yeux qui braquent vers le bas, parce qu’on a beau travailler, avoir un bon salaire, on a aussi un loyer qui atteint des sommets et pas tellement d’espaces verts autour de nous (j’ai conscience que je suis privilégiée en la matière).
    On court sans cesse, après quelque chose, sans savoir quoi Cristina (pour ma part je prends mon temps dans le métro et regarde comme toi les rames passer jusqu’à ce qu’une d’entre elle me permette de passer un voyage correct.)
    Bon weekend et profite au maximum ma belle.

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  3. C’est très vrai, Paris n’est que paradoxes. Il faut l’aimer à la folie pour supporter pollution, coût de la vie et stress.
    Mais je ne me vois pas vivre ailleurs…pour l’instant, car tout peut changer à tout moment 😉
    Bises ❤

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    1. Je comprends Aileza. La vision de Paris a beaucoup changé à travers mes voyages. Toutes les grandes villes se ressemblent bientôt , mais je intégrait à la limite vivre dans une grande ville comme Barcelone ou Lisbonne, où je pourrai aller à la lève pour de stresser ! Gros bisous

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  4. Très jolie billet et très bien écrit comme toujours ! 🙂 Je retrouve dans les mots de la première partie de ton article tout ce pour quoi j’aime Paris et pourquoi, malgré trois déménagements depuis que je l’ai quitté, ça restera toujours chez moi et l’endroit où j’ai grandi… mais dans ta description des côtés sombres, j’y retrouve ce pourquoi je l’ai quitté il y a cinq ans pour aller faire mes études en provinces. Car vivre sans ses parents c’est moins de moyens et à j’ai tenu un an de galère à Paris avant de baisser les bras et de la quitter. Et là que je suis diplomée en juin, comme à chaque nouveau tournant dans ma vie, la question se pose : est-ce que je retourne à Paris ? Et c’est un gros gros dilemne, en vrai… mais bref, je t’épargne mes pérégrinations et magnifique article 🙂 bon dimanche !

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    1. Merci Lily ! Je comprends ! C’est un choix difficile à faire, il y a beaucoup de pour mais parfois les contre peuvent être très lourds de conséquences ! Je sais que moi, à mon âge et avec mon vécu, j’aimerai pouvoir quitter un jour Paris pour des contrées moins stressantes et plus près de la nature et surtout de la mer! Je sais aussi que j’y reviendrai aussi avec grand plaisir ? Merci pour ton commentaire et bonne semaine à toi !

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    2. Bonsoir Morgane, désolée pour ma réponse tardive, les journées sont trop courtes 😪 à Paris comme ailleurs 😁 Effectivement nous sommes finalement beaucoup à avoir connu de près ces côtés moins sympas, ce qui nous ne donné pas envie d’y vivre pour toujours. .. mais d’y revenir en touriste et savoir apprécier le belles choses qu’on finit par ne plus vraiment regarder , tellement nous avons la tête dans le guidon. A bientôt !

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  5. Beaucoup de justesse dans ton article (comme souvent depuis que je te lis). Et oui moi j’ai franchi le cap de partir pour toutes les raisons que tu évoques et je n’y reviens que pour le plaisir maintenant, ça change tout !
    Je mentionnerai aussi le harcèlement de rue (ou de métro) que je ne connais plus ici, et ça c’est une vraie liberté de pouvoir se promener à n’importe quelle heure du jour et de la nuit sans avoir peur.
    A bientôt 😉

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    1. Merci beaucoup pour ton commentaire. C’est exactement ça : y revenir pour le plaisir! Un jour, moi aussi ! Le harcèlement de rue, je connais aussi, bien sûr, il y s presque un an j’avais vécu un épisode bien traumatisant d’ailleurs , j’en avais écrit un billet ! À très bientôt !

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  6. Paris pour moi, c’est bien avec toute la fantaisie qui l’accompagne, et ce goût de douce folie qu’elle laisse en bouche, cette ville pleine de lumières ! Mais… pour la vie de tous les jours, non je ne peux pas. Je râle déjà trop au fin fond de ma campagne normande alors dans la capitale, pas possible ! J’aime la tranquillité qui m’entoure, et la nature si près, la mer à à peine 20 minutes, le silence qui s’installe quand les dernières voitures sont enfin garées. Je me dis qu’il faut bien du courage pour vivre à Paris, que toutes ces paillettes coûtent cher, qu’on y survit plus qu’on y vit parce qu’on se retrouve constamment tenté par tout ce qu’on pourrait y consommer. Puis moi tous les 10 du mois, c’est dur aussi… alors à Paris, n’en parlons pas !

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    1. Comme je te comprends ma Julie ! Ici à Paris, les apparences prennent souvent le dessus et on oublie ce qui se passe dans l’ombre. C’est ce qui m’interpelle vraiment. Pourtant Paris est vraiment une des plus belles villes sud j’ai connues, mais pas pour t vivre pour toujours, for sure! Bises

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      1. Je ne sais pas si je me trompe mais au travers de toute cette apperence ostentatoire, je vois aussi les soucis du quotidien, les salaires trop bas, les lourdes charges à payer… Et le bruit, et l’indifférence qui peut régner dans les grandes villes. Si j’avais grandi à Paris, je pourrais en avoir une vision différente je pense, ou alors me fondre dans la masse et vivre ainsi. Je vous envie pour la vie culturelle riche, les salles de concerts, pour l’histoire de cette ville ! Mais je dois bien avouer que maintenant j’en ai peur aussi, surtout après les attentats.
        Des bisous !

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