A 541 kilomètres

5 heures 30 de route ce n’est pas tant que ça.
541 Kilomètres ce n’est pas la mer à boire non plus.

Nous n’avions pas vraiment d’excuse présentable au tribunal, en réalité.
Pour ce long week-end de l’ascension, nous avons enfin réussi à aller rendre visite au papa de l’amoureux qui vit seul au Pays de Gex, un peu chez Heidi quoi.

Mon amour des chaussures et mon glamour intergalactique étaient pourtant ravis d’aller respirer les bouses de vache et surtout le grand air.
Beau-papa a subi deux lourdes opérations il y a de cela deux mois et nous n’avions même pas encore trouvé le temps de nous rendre à son chevet, ingrats que nous sommes.

Les journées passent, les semaines défilent, nos petites vies de fourmis nous dévorent, au point d’en oublier le plus important, c’est bien navrant.
Bien qu’il ne s’agisse pas de mon papa, cette situation m’attristait beaucoup et je n’arrivais pas à comprendre que rendre visite à un parent souffrant ne fasse pas l’objet d’un post-it rose fluo que l’on colle sur son ordinateur et sur son frigo, que cela ne passe pas au-dessus de la pile de tous les dossiers, que cela ne devienne pas la priorité.
Cette situation serait inenvisageable dans ma propre famille.

Nous ne sommes pourtant pas le modèle idéal à calquer ou à offrir en patron téléchargeable, c’est sûr.

Nous avons eu nos accrocs, nos sorties de route mais un petit tour au garage et la mécanique est presque neuve.
Ni temps ni argent ne nous empêcherons jamais , en tout cas, je le pense, de prendre soin les uns des autres dans les moments difficiles.

Ou d’être là, présents, tout simplement.
J’ai un peu de mal, je l’avoue, avec cette vision de famille un peu éclatée qui finit par ne jamais se voir (les parents de l’amoureux sont divorcés).

Etant moi-même divorcée, cela fait évidemment turbiner ma petite tête de maman angoissée qui se demande déjà si mes enfants me placeront en maison de retraite, s’ils viendront me rendre visite, s’ils viendront déjeuner avec moi le dimanche ou si je les passerais seule dans un coin d’un réfectoire qui sent le vieux, l’urine et la naphtaline.

Ne me resteront que des souvenirs.

C’est pour cela que nous accordons autant d’importance à les construire, ces souvenirs, avec nos propres enfants.

Sans pour autant me considérer égoïste, j’estime pouvoir attendre de mes enfants un peu d’attention et d’affection, même quand les rides auront creusé chaque partie de mon corps et de ma peau et que j’en serai une vieille, de peau.

Avoir eu tant de mal à les élever, me donner tant de peine, passer une multitude de nuits sans dormir pour ne plus les voir une fois qu’ils auront pris leur envol ?

Toutes ces vergetures, tous ces kilos, ces larmes et ces pots de nutella, pour RIEN ?

Ce n’est pas la définition de famille qui est inscrite dans mon dictionnaire.

Evidemment tout cela est très personnel, et je ne peux balayer d’un revers de la main toute une histoire de vie écrite pendant de longues années ,je ne peux donc grandement m’en mêler.

Nous avions pourtant prévu depuis quelques mois déjà un week-end de débauche, de bières et de barbecues dans un domaine de Puy-L’Evêque, chez des amis de l’amoureux.

Oui vous l’avez deviné, nous avions prévu de nous rouler tous nus dans les champs, ivres morts d’amour et de rosé frais.

Je suis heureuse de l’avoir troqué contre un week-end de souvenirs, et l’amoureux aussi, bien évidemment (alors que nous mourions d’envie de quelques jours en adultes irresponsables).

J’ai été très touchée par l’importance que mes propres enfants accordaient à cette visite et au combien ils ont été touchés par la situation de celui qu’ils ont très vite appelé « Papy de Gex ».

Ils se demandaient comment il allait faire quand il allait rentrer à la maison et se retrouver seul, qui allait lui faire ses courses, comment il allait pouvoir monter les escaliers.

Ils n’étaient donc pas indifférents, et c’est cette indifférence que je veux combattre, ne pas la laisser entrer dans nos vies, encore moins la laisser tisser ses lianes envahissantes.

Je veux tisser des liens, éternels.

Mes dernières lectures m’ont d’ailleurs énormément conforté sur cette question (Agnès Ledig, Virginie Grimaldi).

La vie est trop courte, nous passons trop de temps à nous disputer et pas assez à nous aimer, nous méritons d’être chéris jusqu’à la fin de nos jours, avec nos dentiers et nos déambulateurs.

Demain, nous ne serons peut-être plus là.

Et quand nous ne serons plus là, il est important que l’on laisse de jolis souvenirs de moments passés, tous ensemble.

Un sourire, un appel, une accolade, une promenade.

Je ne veux pas que mes enfants viennent pleurer sur ma tombe, je veux qu’ils fassent partie de ma vie jusqu’au dernier jour, je veux faire partie de la leur autant que possible.

Comme le dit le grand philosophe François Valéry « Aimons-nous vivants » (les plus jeunes ne comprendront pas, tant pis, suis vieille et alors).

Nous avons de plus pu profiter de la parfaite combinaison : eau-ciel bleu-nature pour nous ressourcer et redécouvrir la magnifique région de Haute-Savoie qui n’a cessé de nous offrir de superbes clichés, gravés pour toujours dans notre tiroir des souvenirs.

Ce tiroir est loin d’être plein et nous souhaitons en fabriquer encore et encore, pour que nous puissions les ouvrir à chaque coup de blues, quand ils ne seront plus là, quand nous ne serons plus là.

En attendant, je vous ouvre une partie de mon tiroir et partage avec vous ces instants gravés dans nos mémoires.

La seule pièce qui manquait au puzzle était notre petite blondinette, à des centaines de kilomètres chez sa maman, que nous n’avions pas pour ce week-end, mais à qui nous avons pensé très fort.

Vous verrez, 541 kilomètres, ce n’est pas si loin.

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Sur le lac d’Annecy
Village médiéval d’Yvoire
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Thonon-Les-Bains
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Thonon-Les-Bains
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Petite promenade en bateau sur le lac d’Annecy
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Montée du col de la Faucille qui m’a permis de brûler 2 tartines de nutella
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Grand soleil et toujours un peu de neige, combinaison idéale pour les enfants
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Remake de « l’Amour est dans le pré » ou « Alerte à Malibu » au milieu d’un des nombreux champs de colza
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Thonon-les-Bains
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Le lac Léman à Yvoire
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Vue imprenable sur le Mont-Blanc, Genève et le Lac léman au sommet du col de La Faucille
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Petite place du village d’Yvoire
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Toujours Yvoire
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My kids and I
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Oui je suis tombée amoureuse d’Yvoire !
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Sur la route qui nous menait à la maison de convalescence de Papy de Gex, vue imprenable sur le Lac du Bourget
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3 coups de soleil gagnés grâce à notre escapade sur cette plage de sable fin du Lac Léman, à Excenevex, avec vue sur les montagnes enneigées
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Lors de notre visite avant de reprendre la route hier, avec Papy ❤

Bonne semaine à tous !

 

22 réflexions sur “A 541 kilomètres

  1. Quel joli récit, il ne me reste qu’une mamie que j’aime tellement, et qui est la plus heureuse lorsque toute la famille se réunit autour d’elle, on met de côté les querelles du passé et on profite de l’instant présent. Je, n’ai pas été assez présente pour mes 2 grand pères alors pour elle j’essaie d’être là, je lui passe un petit coup de fil et je sais que ça lui fait tellement plaisir. Merci à toi pour ces jolies photos et ces si beaux instants de bonheur partagé ❤

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    1. Merci à toi pour tes mots! Pareil pour moi avec les grands parents, je ne les ai pratiquement pas connus en fait , alors j’essaie de me rattraper avec mes parents. Et oui , si tu ne connais pas la région, je te la conseille vivement , surtout au printemps ! A bientôt !

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  2. Et alors as-tu apprécié cette escapade au pays de la bouse de vache? 🙂
    Moi c’est une région que j’aime beaucoup et le col de la Faucille un souvenir d’enfance.
    Oui, il y a des priorités à avoir dans notre vie, l’amour familial en est une, j’en suis persuadée. Sinon, un jour on regrette d’etre passé à côté de certains moments.

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    1. Hello Sophie! Oh oui, j’ai vraiment adoré! J’étais vraiment dans mon élément , surtout avec ce magnifique temps. La région est superbe. C’est drôle, le col de la Faucille est un souvenir d’enfance pour l’amoureux aussi,son papa l’y emmenait skier. Merci pour ton gentil petit mot! Bises

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  3. Très joli billet, qui me rappelle lorsque nous allions nous aussi prendre l’air au bord du lac entre deux visites au papa de MonMeilleurMari qui se mourrait à petits feux à Genève. Nous n’y avons quasi pas remis les pieds depuis son décès, c’est dommage parce qu’Yvoire est effectivement magnifique…

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  4. Tu es resplendissante ❤ les paysages sont fantastiques et… tu as complètement raison ! Il faut en profiter, tisser des liens… Au final, il ne nous restera pas des biens, il nous restera nos souvenirs et l'amour que nous avons créé (bon on a les mêmes références philosophiques ^^) Bisous

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  5. Quand je lis certains de tes billets, comme celui-ci, je déculpabilise à mort! Je regarde ma famille ( de tarés, ça va de soi) et la famille de « Monsieur le père de MA fille » et je me dis que j’aurais du me rendre compte combien nous n’étions pas compatibles. Ils sont proches géographiquement mais ne prennent pas la peine de se déplacer, d’appeler etc … On me reprochait d’être « trop sur le dos de » ou que mes parents étaient « trop sur le dos de » … En fait, nous étions une famille éloigné géographiquement mais constamment en contact si bien que nous savions tous ce qui se passait dans la vie des frangins, frangines, cousines…et ça nous va très bien, ça nous rassure…on est une équipe quoi…et s’il y a un hic pour l’un de nous, toute la smala rapplique en soutien. ( Et je sais bien de quoi je parle ahaha)… Donc oui, je ne comprends que TROP bien ce sentiment face aux relations familiales des personnes qui nous entourent et le même sentiment qu’il ne faut pas juger et que chacun à son histoire etc … Mais il n’empêche que ça fait du bien de voir que l’on n’est pas seule avec ces sentiments !

    Les photos sont magnifiques, je ne connais absolument pas ce coin …il faut que j’aille tomber amoureuse d’Yvoire

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    1. Mais non tu n’es pas seule, tu vois! Et ta situation actuelle, je l’ai vécue aussi à peu de choses près, c’est encore plus grâce ou à cause de cela que je donne encore plus d’importance à la famille. Bisous 💜

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  6. « aimons nous vivants », je vois que nous sommes sur la même longueur d’ondes Cristina!
    Oui tu as raison, ces instants sont importants, pour nous, pour nos enfants, pour ceux qui nous entourent. Rien de tel que de passer du temps avec ceux que l’on aime.
    Et puis les souvenirs sont magiques.
    Tes photos sont splendides, tu es rayonnante et on lit sur vos visages souriants le bonheur partagé.
    Je t’embrasse et à très vite.

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  7. Vous avez très bien résumé ce que cela veut dire une famille, des liens mais qu’il faut aussi entretenir…Quelle tristesse de ne se retrouver que pour les funérailles. Tant que les parents sont là, il faut penser à eux, et les enfants aussi aiment voir les grand-parents. En plus, vous avez de la chance, la région est très belle ! Donc pas d’excuse pour ne pas combiner une visite familiale avec un peu de tourisme !

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