L’adolechience (suite)

Après notre traité de paix à Amsterdam, dont je vous parlais ici , une furtive prise de conscience s’était effectuée, puis, le retour au lycée a vite fait retrouver à l’adolechient ses caractéristiques d’origine : souriant, aimable, toujours content, obéissant, travailleur.

Bien sûr.

Cela fait maintenant 4 ans que cela dure (oui futurs parents, sachez que l’adolechience commence de plus en plus tôt, si vous souhaitez en tenir compte dans votre business plan) et j’estime être en droit de savoir quand est-ce que ça se termine ???!!!

La maison s’est transformée en hôtel all inclusive pour l’adolechient, des invités peuvent même faire leur apparition parfois, sans réservation préalable ou sans que je ne puisse leur facturer 1 centime.

En général, les invités sont de la même espèce, c’est pour cela qu’ils s’entendent bien entre eux et se soutiennent avec le même regard hagard et la même expression niaise (oui, celle qui donne envie de les emplafonner avec une super droite).

Ils réagissent de la même façon quand on leur demande de débarrasser la table, ranger les chaussures qui trainent dans l’entrée ou comble de la mère coincos et has been à souhait, poser le portable dans le salon à 21H30 (tenez-vous prêts à faire un massage cardiaque la première fois que vous lui demanderez…et les 100 suivantes d’ailleurs).

Sachez que l’adolechient ne profite pas des parties communes de l’hôtel, il reste cloîtré dans sa chambre 24/24 et y prendrait même ses repas si on l’y autorisait.

Les repas, on en parle ?

Si vous voulez voir l’adolechient esquisser une grimace qui pourrait s’approcher d’un sourire, servez-lui des frites, des hamburgers et des pizzas.

Toute tentative d’introduire une palette d’aliments s’approchant du vert, vous vaudra des grognements préhistoriques et un lancer de « merde, putain, fais chier ».

Aucune parole ne sera dirigée à votre attention, pendant le repas, le seul son que vous entendrez sortir de sa bouche sera l’éternel soupir, le soupir de celui qui est forcé à manger des carottes, de celui qui se demande bien ce qu’il fait avec 2 vieux qui s’embrassent et minaudent comme des ados (le comble), de celui qui est au bout de sa vie parce que « putain, c’est trop nul ».

Avec l’adolechient, tous les gens sont cons, sans exception, cela me rassure quelque peu car si c’était limité à nous, je commencerai vraiment à me remettre en question.

La seule façon de faire sortir l’ado de sa chambre et l’inviter à profiter des autres installations est ce que j’appelle la méthode radicale : suppression des choses les plus importantes de sa vie, vous l’aurez deviné, l’ordinateur et le portable.

Sans ces deux fondamentaux de son existence, l’ado errera comme un zombie ou une abeille qui n’arrive pas à retrouver sa ruche, au choix.

Il revêtira son plus beau costume de Calimero et vous menacera de se jeter par la fenêtre.

Il se forcera alors à essayer d’être presque gentil pour récupérer son précieux.

Il y a une autre façon de voir l’ado devenir sociable quelques instants éphémères: quand il a envie que vous lui achetiez un vêtement ou une paire de chaussures qui coûtent la moitié de votre salaire et vos 2 jambes, mais ça, il s’en fout.

Pour l’adolechient, l’apparence compte plus que tout, il faut pouvoir s’affirmer et se démarquer des autres par son supposé pouvoir d’achat.

Pour l’adolechient, faire tout le temps la gueule et se montrer toujours insatisfait est un genre qui se cultive.

Pour l’adolechient, la vie est toujours plus belle chez les autres.

Les parents de ses amis sont super cools, ne leur demandent jamais de mettre la table, vont tout le temps au resto et partent tout le temps en vacances dans des hôtels 5*.

Nous, on ne part qu’en Italie, en Grèce, en Sardaigne ou au Portugal, et en plus, parfois, on fait du airbnb, la honte suprême.

A l’heure où je suis en train d’écrire ce billet, je suis rentrée depuis une heure du bureau et je l’ai vu 5 minutes.

Je sais qu’il a contrôle demain et je me suis naïvement imposé de le laisser tranquille afin qu’il puisse réviser. Je passe devant sa chambre et je l’entends rire aux éclats.

Je me demande s’il s’agit bien de ma progéniture car celle là même que j’ai douloureusement mise au monde ne montre jamais ses dents, s’esclaffe encore moins comme une baleine.

Je rentre en furie dans sa chambre et le voit en plein face time, « j’ai besoin de me ressourcer tu comprends ».

« Je comprends surtout que tu vas aller mettre la table ».

Sachez, les amis, qu’hier même, je lui ai acheté le précieux auquel il aspirait depuis des mois (un manteau pour lequel j’ai du hypothéquer l’appartement). J’ai adopté la méthode GIGN : tu me donnes ça (bonne humeur, travail à l’école, participation à la vie de la maison) et je fais des efforts pour contribuer à ce que toi tu considères ton bonheur.

Je ne suis pas certaine que cela marche, voyez-vous, mais j’essaye, par tous les moyens.

Tout cela me rend vraiment triste.

Devoir quémander à son enfant un peu d’empathie, qu’il vous témoigne un peu d’affection et une once de reconnaissance, cela me fatigue, vraiment.

Je me sens désabusée, comme Claude François, « mal-aimée », et je me demande parfois si tout ce que nous faisons en vaut bien la peine.

Bien sûr que l’adolescence est une période difficile, que ce sont nos enfants, que nous les aimons plus que tout et nous devons être là pour eux, mais à quel prix, parfois ?

rui-petit

Je rêve de retrouver ce petit garçon enjoué et souriant qu’il était quand il ne m’arrivait pas encore à la taille, qui me sautait dans les bras et m’appelait tendrement maman, tout simplement.

Tu me manques.

Quand allons-nous retrouver des rapports affectifs dignes de ce nom, quand va cesser ce conflit?

Vous savez, vous, quand est-ce que ça se termine, l’adolechience ?

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17 réflexions sur “L’adolechience (suite)

    1. Cool si j’ai réussi à faire te sourire 🙂 Je fais un peu d’humour mais c’est vrai que derrière se cache un peu le désespoir…tu as encore un tout petit peu de temps je pense avec ta poulette, PROFITE ! Gros bisous Cécile

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  1. Je ris un peu mais comme Cécile je sais que derrières tes mots se cache une grande détresse vis à vis de cette situation qui s’éternise. Comme je le dis souvent la maison est le lieu où l’on doit pouvoir se ressourcer, prendre des forces mais quand on vit cela au quotidien, notre équilibre est compromis. Je ne sais pas combien de temps ça dure. Je n’en suis pas encore là moi non plus et j’ai presque envie de retenir le temps – même si la crise des 3 ans c’est corsé aussi!!
    Je t’embrasse bien affectueusement Cristina.

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    1. Salut Marie ! La crise des 3 ans est pas mal aussi, je m’en rappelle…disons qu’elle est différente…La crise d’ado s’éternise, s’éternise…Bon courage à toi aussi mais profite aussi des instants de sérénité, cela passe trop vite ! Je t’embrasse très fort. A très vite ❤

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  2. personnellement, je n’ai réussi à entretenir à nouveau de bon rapport avec mes parents que lorsque je suis partie de la maison. Mais mes parents étaient psychorigides et fermés à toute discussion. je ne peux donc m’en rapporter qu’à mon expérience d’ancienne ado : le dialogue, le dialogue, le dialogue. et les considérer comme des adultes en devenir et non plus comme des enfants.

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    1. Hello ! je suis complètement d’accord avec toi pour le dialogue, j’essaie par tous les moyens bien que je me retrouve très souvent face à un mur…ce qui me folle quand je l’entends ensuite dans sa chambre rire avec les copains…Patience, patience. Merci pour ton témoignage et à bientôt. ❤

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  3. Quand j’enseignais au lycée, je charriais toujours mes élèves sur cette attitude qu’ils ont avec leurs parents exclusivement. Ils ne sont pas dupes…
    En terminale, en général, ça va mieux, je pense que le pic est en 2nde-1ere…

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    1. Vive la terminale alors Anne ! Ce qui me rassure en effet quelque peu c’est de voir qu’ils sont presque tous comme ça…je reconnais aussi qu’être prof de ces petites pestes à cet âge ne doit pas toujours être une partie de plaisir 🙂 Merci pour ton message en tous cas et à bientôt ❤

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  4. J’en ai un exemplaire à la maison et je le reconnais dans tout ce que tu évoques! La ou c’est encore plus compliqué pour moi c’est qu’en plus de tout ça, il est issu du premier mariage de mon mari, donc j’ai un dossier supplémentaire à gérer et pas des moindres, le « t’es pas ma mère ». Même s’il ne l’a jamais clamé haut et fort, il me le fais ressentir chaque jour, c’est très pesant. Mon marmot à moi n’a que 4 ans, alors j’ai le temps d’y penser, mais au moins je sais que ce que je vis aujourd’hui avec le grand me servira pour mieux vivre l’adolechience future du petit… c’est toujours ça!

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    1. Bonjour Amélie, alors moi je n’ai pas le « t’es pas ma mère » (mais ça va venir avec ma belle-fille, j’en suis plus que persuadée) mais mon amoureux a le droit à « t’es pas mon père » et je sais que c’est très dur, surtout après tout ce qu’il fait pour lui…Profite bien de ton petit de 4 ans, je regrette souvent de ne pas en avoir assez profité moi même, maintenant que j’arrive à ce stade. Bon courage, merci pour ton commentaire et à très bientôt ❤

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  5. Ah, l’âge ingrat… J’en suis sortie depuis un peu de temps déjà, mais rien qu’avec le peu de recul que j’en ai – et je n’étais pas la pire des ados – qu’est-ce que c’est idiot comme période… On se lamente, on est cons, on est niais, on ne sert à rien… On est comme la pâte d’un gâteau particulièrement moche : tu as une vague idée de ce que ça pourra donner au sortir du four mais t’es quand même vachement dans l’attente, le doute, voire l’angoisse. Par expérience je sais qu’en « grandissant » ça va mieux, ça va passe, on renoue des liens, on se remet à parler à sa famille, on retrouve la gratitude et l’affection. Je ne l’ai pas vécu du point de vue parental, mais je compatis à ton calvaire. Malheureusement, même si je sais que ça va passer, je ne peux pas dire quand. C’est tellement variable… Peut-être que tu peux lui préparer un carnet, avec tous ces moments durs pour toi et idiots pour lui, histoire que quand il aura allumé un peu la lumière dans sa tête il se rende compte de l’enfer subi ? Bon courage en tout cas !

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    1. Salut Florianne ! Merci pour ce long commentaire 🙂 Super idée celle du carnet tu sais ! Souvent je me dis que je lui ferai lire mes billets sur le bog…mais un carnet…je prends bonne note ! Et l’image du gâteau moche, c’est très juste aussi, ahaha, tellement tellement ça. Merci pour ton passage par ici et à bientôt ❤

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  6. Tu m’as fait rire et en même temps je comprends que tu sois fatiguée et triste de tout ça, ma maman vit la même chose avec mon frère de 17 ans en moins pire quand même. Quand j’étais ado j’étais chiante aussi ma soeur aussi, mais pas à ce point puis ça s’est calmé au fur et à mesure, malheureusement l’adolechience dure un moment mais après la relation que j’ai aujourd’hui avec mes parents, ma soeur penserait pareil est parfaite, nous ne sommes plus des enfants mais on éprouve toujours autant de tendresse pour eux. Alors ne t’inquiètes pas, même si cette situation est chiante ça passera ❤ bon courage !

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