Etre femme, le combat de tous les jours

C’est fou ce qu’on a pu voir passer hier comme articles ou déclarations, comme statuts sur les réseaux sociaux,  parce que nous célébrions dans le monde entier la journée internationale des droits de la femme.

Enfin, célébrions, est un bien grand mot.

On inonde la toile de déclarations féministes, on trace, tout comme le 8 mars de l’année dernière, le constat affligeant de la disparité entre les hommes et les femmes, les violences et les inégalités, les moins farouches défileront seins nus en criant « GIRL POWER » et puis, on sera le 9 mars et on aura oublié toute cette symphonie rose et fleurie.

Voilà.

Aujourd’hui, tout est oublié et la défaite du PSG  face au FC BARCELONE aura pris le dessus et ça oui, ça restera dans l’histoire, les gars.

Ça nous fait une superbe jambe poilue de célébrer les droits de la femme une journée dans l’année, quand, le lendemain tu te fais traiter de chaudasse parce que tu portes une robe moulante et tu n’y peux rien, tu as un corps de déesse.

Les droits de la femme acquis, ôtés, retirés, violés, bafoués, reconquis, est un sujet tellement vaste que tout comme la question de l’épilation intégrale, on peut en faire une thèse.

J’ai peut-être l’air de prendre ce sujet à la légère, mais non, Messi (seuls les adeptes de foot peuvent comprendre cette blague carambar).

Mais évidemment que non, et si j’en viens à écrire sur le sujet c’est que je suis encore, tous les jours consternée par l’inéluctable besoin de devoir se battre pour exister en tant que femme.

Parfois, j’ai envie de remplacer « exister » par « survivre », car c’est le cas pour beaucoup trop d’entre nous.

Mon chemin vient récemment de recroiser la route d’une femme que j’ai connu il y a quelques années, qui vit actuellement en apnée, entre parenthèses, meurtrie, son corps entier n’est que douleur, ses pensées ne sont plus qu’en noir et blanc, ses rêves inexistants.

Je ne vous parle pourtant pas de violence conjugale, de coups, de blessures physiques.

J’aimerai vous parler de violences psychologiques, harcèlement, abandon, désamour, irrespect, soumission, humiliation.

Forcément, son histoire me touche bien là où cela a fait mal il y a quelques années, quand moi aussi, je me réveillais avec des couteaux dans le ventre, engloutie sous une montagne de peine, qui me paraissait infranchissable.

Après une histoire d’amour, sans trop de pierres sur le chemin, un test de grossesse est venu bouleverser ce quotidien et un avenir qui se dessinait plutôt en couleurs.

9 longs mois pendant lesquels Agnès a vu son corps se transformer, ses hormones lui dicter ses humeurs, ses réveils, ses nuits, bref, sa vie.

Et cela n’a pas plu.

9 longs mois à subir des remarques sur son poids, sa poitrine excessive qui lui a valu la distinction honorable de « vache laitière de l’année », sa fatigue inexplicable, ses nausées trop fréquentes, son manque d’envie de se faire culbuter à 4 heures du matin, jupe retroussée, sur le canapé usé.

Son compagnon a cessé de la voir comme une femme, la femme qu’il aimait.

Agnès s’est transformée en une enveloppe porteuse, un organisme charnel dont la morphologie ne lui appartenait plus mais qui se devait de rester la même à toute épreuve.

Son manque de libido s’est vu punir de propos et menaces élégantes telles que « tu vas m’obliger aller voir une pute », « tu ne m’en voudras pas de ramener une copine à la maison », « heureusement que les actrices des films X ne tombent jamais enceinte, elles », « regarde-toi, tu pourrais faire des efforts quand même ».

Agnès s’en est voulu pendant toute sa grossesse…elle ne savait même plus pourquoi.

Elle culpabilisait d’être tombée enceinte, de ne pas avoir avorté, d’avoir envie de ce bébé, de vouloir s’en défaire, de ne pas se sentir prête à l’accueillir, de ne plus rentrer dans ses slims, de ne pas ressentir la fibre maternelle.

Elle regardait avec envie les couples se promener main dans la main, dans la rue, le ventre de l’homme caresser amoureusement le ventre arrondi de la femme.

Mais ce n’était pas pour elle.

Chaque jour, elle se réveillait en disant que ça allait mieux, elle a attendu la première échographie, la deuxième, ses rendez-vous chez la sage-femme, seule.

Elle ne lui a même pas annoncé que c’était un petit garçon, il ne lui a pas demandé.

Ses sorties à elle, ne se faisaient désormais plus qu’en solo, le couple n’en était plus un, ils allaient devenir trois, mais elle n’était plus qu’une.

Aujourd’hui, Agnès est seule, élève seule ce petit garçon.

Son compagnon s’est peu à peu éloigné d’elle pour complètement l’abandonner à la naissance du bébé.

Brisée par la douleur et cette séparation pour laquelle elle n’a pas été consultée, elle fait face à la vie après l’avoir donnée.

Les messages d’insultes ou de menaces font encore partie de son quotidien, car cela n’était pas suffisant pour l’autre, il fallait continuer à la ruer de coups même si Agnès se trouvait déjà à terre, baignant dans ses larmes et sa peine.

Tout est bien entendu de sa faute, elle a trop changé, il n’était pas préparé.

Cela me donne envie de vomir, oui, comme si j’étais enceinte.

Autant de lâcheté et de mépris réunis, c’est un candidat à la légion d’honneur, toutes mes félicitations.

Evidemment que ce que je veux surtout dire à Agnès aujourd’hui et demain, et pendants tous les longs mois à venir c’est qu’elle va y arriver, bien qu’elle ne l’imagine pas un seul instant.

Le chemin va être long mais elle aussi va avoir le droit à sa part de bonheur, à un avenir insouciant et léger, plus pigmenté.

Parce que oui c’est un droit d’être heureuse et épanouie en tant que femme et maman.

Que cet homme n’était pas celui avec qui elle allait de toute façon poursuivre ce chemin.

Et si pour une fois je peux servir d’exemple, je veux bien être la démonstration vivante de la femme qui a réussi à renaître des cendres, cendres qui m’ont semblé chaudes pendant trop longtemps.

Aucun homme n’a le droit de nous maltraiter, nous humilier ou nous mépriser de la sorte.

Aucun homme ne le mérite non plus d’ailleurs, ceci dit en passant.

Alors c’est bien joli toutes ces émulations de part et d’autre pendant un jour de l’année, on ne le dira jamais assez, les femmes méritent d’être femmes et d’être traitées en tant que telles EVERY FUCKING DAY.

Voilà.

Signature

12 réflexions sur “Etre femme, le combat de tous les jours

  1. Quelle horreur! Je me demande toujours comment des hommes peuvent traiter une femme de la sorte. Mais oui tu as raison elle va renaître, revoir la lumière, d’ailleurs la lumière sera encore plus magnifique qu’avant, elle va avoir une belle vie, une vie de maman et de femme épanouie, elle va se retrouver. Je lui envoie toutes les pensées dont elle a besoin et l’énergie nécessaire pour avancer. Agnès, écoute les sages paroles de ton amie Cristina, au bout du tunnel qui te parait aujourd’hui sans fin, il y a la vie, éblouissante et vibrante d’amour.

    Aimé par 1 personne

  2. Bien sûr qu’elle va renaître et en mieux ! C’est dur mais il faut se dire que c’est un mal pour un bien : elle est débarrassée d’un sombre connard … A t’il reconnu le bébé ? Veut il être présent pour lui ? Si non, il vaut peut être mieux pour elle et son enfant qu’elle coupe définitivement les ponts !!!

    Sinon, je suis entièrement d’accord avec toi : la journée de la femme doit aussi avoir les 364 autres jours de l’année !!!

    Aimé par 1 personne

    1. Hello Catwoman ! Il vient de reconnaître le bébe sous la pression de sa famille mais n’est en aucun cas là pour Agnès…aucun soutien, encore moins financier, bien sûr.C’est ce que je lui ai dit, qu’elle ferait mieux de couper les ponts définitivement. Quel conard, je n’ai pas d’autre mot. Bonne fin de week-end et plein de bises.

      J'aime

  3. Je suis tout a fait d’accord que c’est un combat de tous les jours et non un pretexte pour mettre du rose partout une fois dans l’annee. Mais cette journee a tout de meme le merite de permettre un bilan regulier et de reveiller les consciences chaque annees.
    Je suis desolee pour ton amie, c’est horrible cette maltraitance et ces abus de la part de son ex. Mais comme tu le dis, je suis sure qu’elle saura renaitre de ses cendres et retrouver sa joie de vivre et un nouvel equilibre. Quel enfoire!

    Aimé par 1 personne

    1. Oui bien sûr que c’est important de réveiller les consciences…ce qui m’agace profondément ce sont les gens qui disent plein de belles choses le 8 mars et qui sont les premiers à bafouer les droits de la femme tous les autres jours de l’année..

      J'aime

  4. Une histoire comme il y en a trop, ça me rend folle !
    Merci à toi de si bien porter la cause de toutes les Femmes que nous sommes avec ta plume percutante et ta sensibilité 🙂
    Tout mon soutien à Agnès ❤

    Aimé par 1 personne

Envie de dire quelque chose?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s