Et je me suis lancée…

Cela fait plus d’un mois que je n’ai pas remis les pieds par ici.

J’ai eu du mal à ouvrir la porte, j’ai donné un petit coup d’épaule et ai réussi à rentrer de nouveau chez moi, comme si de rien n’était.

J’avais laissé la lumière allumée et un pot de nutella dans le placard, je comprends maintenant pourquoi je recevais encore des visites.

Seulement, cela sent un peu la poussière, j’ai dû me débarrasser de deux ou trois toiles d’araignée et ouvrir grand les fenêtres.

Depuis, les poils ont poussé sous les aisselles, et je n’en dirai pas plus.

Oh oui, vous m’aviez manqué !

Depuis l’ouverture de ce blog, je ne suis jamais partie à la chasse aux lecteurs ni à la course à la notoriété.

Avec la grande gueule que l’on peut me connaître, je suis paradoxalement, bien trop pudique pour cela.

De la même façon, je ne me suis jamais fixé de rythme de publication, d’obligation.

Je l’ai dit assez souvent, je blogue par plaisir (le verbe bloguer existe vraiment dans le Larousse les gars) et chaque petit billet, plutôt grand d’ailleurs (on ne se refait pas, pipelette depuis toujours), a été écrit parce que je souhaitais partager quelque chose avec vous, de façon spontanée.

Quand j’en avais envie et de la manière dont je le souhaitais.

Ma dernière destination coup de cœur, mes péripéties avec les progénitures, avec l’amoureux, la dernière position essayée, mes coups de gueule, mes lectures adorées, les gens et les choses que j’aime.

Le 12 mars dernier, j’annonçais ici par le biais d’une simple image que j’avais enfin décidé de maigrir de concrétiser mon projet fou.

Cougar assumée, 0 ride (celles des fesses, cela ne compte pas) et 37 cheveux blancs plus tard, je mets à exécution le rêve que je nourris depuis le collège, où pendant les cours de français, mes professeurs lisaient toujours à haute voix mes rédactions aux autres élèves.

Je rougissais, étais traitée de faillote par les copains mais, je m’en foutais.

Secrètement, j’étais fière d’entendre mes mots revivre dans la voix d’une autre personne.

Ecrire, j’ai toujours rêvé d’écrire.

Essayer de concrétiser ses rêves, n’est-ce pas là une jolie façon de colorier la vie ?

Je rêvais d’apparaître dans les pages du magazine ELLE que je piquais à ma mère.

Pas pour les crèmes minceur, photoshop n’existait pas encore à l’époque.

Pas pour les pubs de shampoings capables de faire apparaitre des paillettes dans les cheveux, ma crinière étant indomptable, naturellement.

Il n’y avait plus de place non plus dans la rubrique mode, Cindy, Linda et Naomi avaient pris la mienne.

Non, moi, je rêvais d’être dans le petit encart « Lectures coup de cœur ».

Celui-là même que je prenais tant de plaisir à découvrir pour ensuite courir à la Fnac des Ternes.

Parfois c’était bien, d’autres un peu moins.

Mais je trouvais ça tellement classe d’être dans les pages du magazine féminin par excellence, ELLE…même 5 petites lignes.

C’est également pour cette raison que je suis si heureuse et fière de voir certaines personnes dont j’ai toujours apprécié les écrits, réussir aujourd’hui et concrétiser également leur rêve.

Evidemment, ces personnes possèdent à mes yeux trois pré-requis qui les ont aidées à mener leur projet :

  • Du talent à en revendre, c’est indéniable. Le talent de bien écrire mais aussi et surtout à mon sens, de raconter jôôôôôli come on dit. Transmettre des émotions, faire rire et pleurer, toucher les autres avec les mots soigneusement choisis pour appuyer là où il le faut, c’est pour moi la plus grande réussite d’un écrivain et je ne les remercie jamais assez quand cela arrive, c’est une sensation unique (coucou Agnès Ledig, Virginie Grimaldi, Olivier Bourdeaut, Nina Bouraoui, Gabriel Garcia Marquez)
  • Le courage d’avoir osé se lancer, car il en faut, je le sais, cela fait des années qu’il joue à cache-cache avec moi, ce con.
  • La force ; travailler, recommencer, écrire, relire, tout barrer, recommencer, continuer. Ne pas renoncer.

Aujourd’hui, je peux affirmer sans prétention que je possède énormément de talent que j’ai validé deux de ces pré-requis.

Tout d’abord, je me suis lancée, ce qui n’a pas été chose évidente.

Se réveiller un jour et se dire avec le premier pipi de la journée (il faut rentabiliser chaque moment inutile) que ça y est, aujourd’hui, on y va, on pose le premier mot sur word et peut-être même le deuxième, n’est pas chose facile.

Se convaincre qu’on a peut-être quelque chose à raconter, qui vous touchera vous là, et peut être vous aussi, là-bas.

La confiance en moi n’a jamais été ma qualité première, des incidents de parcours l’ont encore plus amoindrie.

Mais la vie est tout de même bien faite car quand chaque chose a retrouvé sa juste place et que vous êtes prêts, les bonnes personnes viennent vous insuffler ce brin de folie qui vous manquait.

Depuis quelques années j’ai donc croisé le chemin de petits fous qui m’encouragent à me lancer (l’un d’entre eux dort même dans mon lit, impossible de m’en débarrasser).

Je les ai écoutés, et leur ai diagnostiqué un degré avancé de démence.

Le problème c’est qu’ils étaient plusieurs à être prodigieusement siphonnés du neurone.

J’ai eu le courage de lancer mon blog fin 2014, pour me sortir de cette torpeur qui me hantait et me paralysait.

Petit à petit, l’idée d’écrire quelque chose de plus grand (pardon, je ne sais pas si je suis légitime pour écrire livre) venait me titiller le téton gauche et l’oreille droite, je l’ai calmée avec de la crème anti-mycose.

Cela n’a marché qu’un temps.

Plus le temps passait et plus je m’entourais de gens azimutés qui me poussaient vers le bord du précipice.

Aucune crème ni aucun antihistaminique n’ont réussi à calmer cette envie depuis.

Je me suis penchée au bord du précipice, Ludo Dieu seul sait combien cela a été difficile avec mon vertige vieillissant.

Oui, je suis cette fille qui a le vertige en haut des escaliers du métro et qui bloque tout le monde.

J’ai alors pu voir une longue échelle avec des milliers de marches qui n’en finissent pas, peut-être faute à ma vue vieillissante, elle aussi.

Mais cela signifie donc qu’il y a des petites marches que je peux descendre, une par une, tout doucement, « envie de changer d’atmosphère, d’altitude » (si tu as connu la chanteuse Bibi, la chanson dans la tête, c’est cadeau).

Alors, je me suis lancée.

Mais le talent, il est où ?

Vianney m’a répondu « Pas là », « Mais t’es pas là ».

Ok, je sors.

Surtout que j’aime Vianney d’amour. Après l’amoureux, bien sûr.

Je ne sais pas s’il est là, le talent, mais si je ne me jette pas à l’eau, comment le saurai-je ?

Et puis j’étais bien la reine des plats à la piscine, je suis déjà allée chez le médecin avec du scotch sur les tétons (qu’il a vu, bien sûr, sinon ça n’aurait pas été drôle) et ai descendu l’avenue des Champs-Elysées avec une fesse à l’air après avoir laissé ma jupe coincée dans mon collant.

Alors, pourrai-je subir une plus grande honte ?

Au jour d’aujourd’hui, j’ai écrit 60 pages.

J’ai rayé, raturé, pris des notes sur le carnet rose donné par l’amoureux (toujours aux toilettes), effacé des pages, donné des noms aux chapitres puis tout modifié.

J’ai laissé quelques lignes en suspens car trop douloureuses.

Sur 7 chapitres écrits, je pense avoir parlé de joie, de tristesse, de sexe, de douleur, de peine, d’amitié, d’amour, de remise en question, de famille et beaucoup d’autres choses.

Mais l’ai-je bien fait ?

Arriverai-je à parler du sentiment de résilience ?

J’essaie de ne pas laisser ce sentiment de doute et d’incertitudes me terrasser, j’écris sans trop réfléchir, je laisse mes souvenirs et mes pensées prendre la plume.

Je consacre chaque minute libre à l’écriture depuis le 12 mars.

Je ne déjeune plus avec mes copines le midi, je ne lis plus de blogs, je ne m’autorise plus à écrire sur le mien, je ne passe pratiquement plus de temps sur le web.

J’essaie de rattraper le temps volé par ces démons qui m’ont tant habitée.

Le reste du temps, je lis ou relis des auteurs que j’aime passionnément et ai envie de tout arrêter car il ne faut pas déconner, je n’ai pas leur talent.

Mais je persiste et me nourris de leurs sentences.

Comme disait Henri Matisse, « La créativité demande du courage« .

Alors, je n’arriverai peut-être jamais à faire quoi que ce soit de mes mots, je n’apparaîtrai jamais dans les rubriques coups de cœur de ELLE, mais je l’aurai fait.

Et puis je crois que j’ai une chance pour les crèmes antirides spéciale cougars, à défaut d’autre chose.

Mes maux auront enfin valu la peine d’être vécus, je leur aurai donné un sens, j’aurai peut-être refermé une page de mon histoire.

Je vous laisse car je dois aller chez le médecin, je pense m’être démis l’épaule en poussant la porte.

Mais je laisse la lumière, hein ? Et quelques gourmandises aussi.

J’essaierai de repasser de temps en temps.

Bonne soirée à vous et merci pour tous les petits messages d’encouragement reçus ici et là-bas (Là-bas, tout est neuf et tout est sauvage Libre continent sans grillage, Ici, nos rêves sont étroits ….la troisième chanson dans la tête c’est encore cadeau).

Signature