Le 12 mars 2017, je vous annonçais ici même, mettre le blog en pause car je décidais de me lancer dans cette aventure maintes fois rêvée.

Celle de poser mes propres mots sur le papier.

Depuis, des mois se sont écoulés et l’aventure continue de se tricoter au delà de mes espérances, de nombreux fils de couleurs guident désormais le chemin.

Mon premier livre sortira en mars 2018.

Je ne mesure absolument pas le poids de cette phrase, tant tout s’est rapidement propulsé.

J’aurai dans les semaines qui viennent, l’occasion d’en reparler.

Ce n’est pas pour cette raison que je reviens vous voir aujourd’hui après des nuits d’écriture, d’insomnie, de relecture, de doutes et d’autocensure.

Si, après des années d’hésitation et de remise en question, l’incertitude pesait toujours plus lourd face à ce besoin viscéral de raconter une histoire, un évènement est venu me prendre par la main.

Il y a un peu plus d’un an, je décidais d’accepter un nouveau poste au sein d’une structure qui me promettait mondes et merveilles.

Le cœur serré de laisser derrière moi des collègues devenus aujourd’hui des amis, je prenais un risque que je jugeais moindre.

Je n’étais de toute façon plus en accord avec ma direction et le temps de transport s’était terriblement rallongé à la suite d’un déménagement.

Je rejoignais ainsi une plus petite entreprise dans laquelle on me vantait allègrement une excellente ambiance, un véritable projet de croissance, une grande stabilité et autonomie, la possibilité de mettre beaucoup de choses en place, « a great place to work », en somme.

Pourtant, en cette journée automnale de septembre 2016, où j’ai passé la porte de mes nouveaux bourreaux bureaux pour la première fois, j’ai su.

J’ai su au bout de quelques minutes.

Je n’étais tout d’abord pas attendue.

Personne pour m’accueillir, pas un bic (même avec le capuchon mordu), pas un cahier à petits carreaux, pas un café, encore moins un croissant, pas un zeste de bienveillance.

Il faisait froid et sombre.

On me dit de me poser ici, ou là-bas, comme si j’étais un meuble encombrant mais il fallait tout de même que je trouve ma place.

Dans la foulée, j’envoyais un texto à l’amoureux pour lui dire « Je ne reviendrai pas demain ».

Alors que j’errais comme une funambule depuis trente minutes, armée de ma plus grande maîtrise, une fille arrive.

Très jolie, comme toutes les filles de la structure que j’avais pu apercevoir sur le site web.

J’avoue m’être demandé, en toute innocence, comment autant de jolies filles avaient atterri là, « comme de par hasard » – copyright mon fils de huit ans.

Je me souvenais l’avoir vue lors de mon entretien et avoir discuté brièvement avec elle.

Un seul garçon faisait partie de l’équipe, en plus des deux dirigeants.

Je trouvais cette coïncidence amusante mais ne m’en affolais pas plus que ça.

Après tout, ils m’avaient aussi recrutée, moi.

« Alors, finalement, tu es venue ? Tu n’aurais pas du »,

me lance-t-elle de sa voix à la fois rauque et mielleuse.

Je ne sais si sa remarque est à prendre sur le ton de la plaisanterie, elle aura eu toutefois le mérite de me mettre en garde.

« Ils t’ont vendu du rêve, n’est-ce pas ? Comme moi. Je comprends. J’espère que tu ne vas pas le regretter trop vite. Moi, je n’ai qu’une envie, me casser ! ».

Le ton était donné, le malaise était installé.

Il ne m’a jamais quittée.

Je découvre une ambiance tendue, où la véritable prise de parole n’existe pas.

La communication est désormais un concept lointain.

Les relations sont étranges, on y respire négativité et méfiance, on se dit à peine bonjour.

Les tensions sont palpables, on murmure le mécontentement, on tait son mal-être, quelque chose ne va pas mais je ne sais pas exactement quoi.

Commence pour moi une spirale infernale, dans laquelle je me laisse entrainer.

Je décide de relever le challenge et de mettre de côté toute la frustration que je ressens chaque matin, au moment précis où j’entends le réveil sonner.

Le soir quand je rentre, je pleure dans ma salle de bain.

Il ne faut surtout pas que l’amoureux me voie.

Les yeux rougis, je rejoins souvent la chambre, je prétexte une poussière, la crème antirides qui s’est investie dans mon canal lacrymal.

Le midi, je fuis, je veux être partout sauf là-bas, je me perds parfois dans les rues de Paris où je noie mon chagrin, mon inconscient me dictant de ne plus y retourner.

Je tente de rester par tous les moyens celle que je suis naturellement : enjouée, souriante, positive, une fille qui aime aller de l’avant.

Pourtant, je porte un masque, je le sais, puisque ses marques sur mon visage sont de plus en plus visibles.

Pendant de longs mois, j’enchaine des infections diverses, je souffre du dos mais je n’écoute pas mon corps.

Je mets ça sur le compte de la vieillesse.

Je vais y arriver.

Je ne suis pas une faible, je suis une battante, mon histoire me l’a déjà prouvé.

Je ne suis actuellement pas en mesure d’en parler plus.

Tout s’est arrêté un vendredi.

Le brouillard, les jambes flageolantes, le cœur dans la main, le bourdonnement dans les oreilles.

C’est pourtant le jour que je préfère dans la semaine, parce que je sais que je ne vais pas y retourner pendant deux journées de suite, quelle ironie du sort.

Je lisais récemment le livre de Philippe Labro, « Tomber sept fois, se relever huit », dans lequel il nous dévoile un très émouvant récit sur celle qu’il nomme « la broyeuse, qui vous ronge le ventre ».

Je me suis reconnue dans ses mots, lorsque moi aussi, je pensais que bien sûr, un jour ou l’autre ça irait mieux, c’était évident.

« Mais, bien sûr, ça n’ira pas mieux. Ça ira même un peu plus mal. Ça va, tout le temps, un peu plus mal. Et puis, ça va très mal. Et puis le mot « mal » lui même n’a plus de sens. Il faudrait trouver un autre mot ».

Je me suis alors réfugiée dans l’écriture, j’ai saisi à bras le corps ce projet fou que je pensais être incapable de mener à bien.

Chaque minute creuse était consacrée à l’assemblage de mots, à la convocation de souvenirs, à la couture de cette histoire, de mon histoire.

Je m’échappais ainsi de la réalité pour plonger dans une vie parallèle qui me permettait de fuir « la broyeuse », je me trompais moi même.

Je continuais de feindre que toute la souffrance que je ressentais au creux de mon corps était infime, sans importance, secondaire.

Un dédoublement de personnalité complexe s’opérait en moi.

Il fallait faire face.

Après tout, n’avais-je pas autant de bonnes raisons dans ma vie privée qui me prouvaient que la vie était belle, malgré tout cela ?

Quand j’écrivais ce billet « Trouver l’équilibre entre sa vie perso et sa vie pro », je me mentais, je vous mentais, déjà.

Sans m’en rendre compte.

Parce que oui, je suis celle qui est toujours de bonne humeur, celle qui a toujours le mot pour rire, qui a une solution à tout.

Je n’avais pas le droit de décevoir.

Minute psychologie de comptoir 

Moralité : il ne faut pas toujours croire ce que l’on voit.

La souffrance peut habiter un corps et un visage qui s’efforcent à vous prouver le contraire.

Message subliminal : un évènement négatif peut en déclencher un positif.

Me serais-je plongée dans ce projet d’écriture si je n’avais pas voulu prendre la fuite ?

Je vous souhaite une belle soirée.

Signature

12 commentaires sur “BURN-OUT

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    1. Merci beaucoup. A ce stade, je ne pouvais faire autrement. Surtout que d’autres personnes souffrent dans beaucoup d’entreprises de leurs conditions de travail ( stress, harcèlement moral ou physique, humiliations, etc….) et n’osent rien dire…elles ne font que s’enfoncer. Le fil est fragile…Merci de ton commentaire en tous cas. Bonne 🌙

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  1. Bonsoir Cristina,

    Tu as l’art de tout dire sans rien dire… In fine, qu’est-ce qui ne va pas concrètement dans ce job ? Le relationnel entre collègues ? Certes mais le travail en lui-même te plait-il ? Peux-tu faire fi de tes collègues et de la hiérarchie ?

    Il est évident que l’environnement social, professionnel…et la perception que l’on en a, retentit sur notre mental et donc notre physique.

    Mais tu le dis toi-même, cet événement négatif a donné du positif par le biais de l’écrit. C’est cela le plus important !

    Écrire, justement, je viens d’en reprendre le chemin sur mon blog ; tu as vu ?

    Bonne soirée.

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    1. Bonsoir Chriss… c’est très délicat et je peux pas (encore) parler de certaines choses. Je suis dans une sorte de terreur, sentiment de culpabilité… je ne réponds plus au téléphone, no aux textos, ni aux messages. Pour écrire ce billets , j’ai du prendre deux anxiolytiques , cas contraire, je n’aurai pas pu me publier. La situation est un peu plus complexe. J’espère pouvoir en parler dès que cela ira mieux et que je serai capable de mettre les véritables mots en face. Ce fut un bon moment pour moi de reprendre le chemin du clavier et de mettre des mots sur les miens…. quand je serai sur pieds, je pourrai dire les choses clairement. Merci pour ton passage par ici, je suis de très en très rate mais ça aussi je souhaite que cela s’améliore. Bonne 🌙 !

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  2. C’est terrible de travailler dans de telles conditions où tout est oppressant au final et sans communication sauf de mots ou d’attitudes négatives. J’ai ressenti ça lors d’un « simple » stage où on me renvoyait d’un meuble à l’autre. Je me suis culpabilisée de n’avoir tenu qu’un mois, il m’en restait 2 mais rien n’allait dans cette structure qui aurait pu tant m’apporter. A part perdre encore plus confiance en moi, voilà où j’ en suis 1 an après. Mais je ne regrette pas d’être partie même si ça avait pu m’ouvrir des portes côté emploi après, je me serais sentie aussi mal tout le temps et c’était invivable alors j’ai laissé tomber. Peut-être que tout ce qu’on fait sont des signes. Toi c’était l’écriture. Pas comme une fuite mais pour un épanouissement meilleur et plus sain. Il me tarde de le lire en tout cas. Bisous et bravo pour ce chemin parcouru ❤

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  3. Je suis en arrêt maladie depuis octobre 2016 : Burn out… le 19 octobre, le jour où j’ai enfin écouté mon corps qui, de toute façon, ne me donnait plus le choix… Je suis restée plusieurs mois avachie, ne dormant plus, incapable de prendre le volant… j’ai perdu 12 kg… Psy, psychiatre, médecin, échographie, prise de sang… ça a été mon quotidien. Cela l’est encore mais dans une moindre mesure. Le monde du travail est impitoyable. J’ai été aveuglée par des choses que j’ai hissé au rang de valeur sans voir que ce n’était pas le cas…
    Je commence à envisager à reprendre le boulot mais la fatigue et les maux sont encore présents… Bisous Cristina

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  4. Ma belle, on ne s’imagine pas. On porte bien le masque surtout quand on a déjà connu des moments difficiles, on a pris l’habitude de faire semblant en se disant qu’on tiendra. Jusqu’à qu’on ne puisse plus, qu’on n’en puisse plus. Tu débutais dans ton poste quand on a déjeuner ensemble et tu me le disais déjà que c’était dur, pas ce à quoi tu t’attendais. L’écriture t’a permis d’avancer, de tenir. Je suis heureuse pour ton livre. Je t’envoie plein de douces pensées. C’est important d’en parler.

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  5. Etant passée par un mal-être au travail par deux fois, je ne le souhaite à personne, et pas à toi. Je devais le sentir, à travers mon écran, sans oser venir vers toi : je n’aurais fait qu’ajouter à ta détresse en te demandant si ça se passait bien. Pourtant on ne se connaît pas beaucoup toutes les deux.
    C’est moche ce que tu vis, et c’est rageant. De cet enfer est tout de même née une merveille : ce roman qui paraît bientôt et dont tu peux être fière, tu as tant accompli déjà.
    Belle Cristina, prends soin de toi… je t’en prie, ne t’oublie pas dans tout ce marasme. Poser ces mots comme tu le fais dans cet article, c’est déjà prendre une distance, te détacher et t’en sortir. Je te souhaite de ne pas douter de toi, de ne rien perdre de ta force de vie et de ta lumière. J’ignore si tu y travailles encore aujourd’hui mais je t’envoie beaucoup de courage et surtout de l’amour, beaucoup d’amour ❤

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