Rencontre avec Mathieu Menegaux.

Credit Photo @Albin

Cela faisait quelques temps que je voyais défiler sur les différents réseaux sociaux les deux romans de Mathieu Menegaux, « Un fils parfait » et « Je me suis tue », la plupart du temps avec d’excellentes critiques.

Le 26 janvier dernier, je le croisais à la Soirée du Grand Prix des Blogueurs Littéraires (remporté par Véronique Olmi, avec le non moins excellent et bouleversant Bakhita).

Je n’ai pas eu le temps de discuter personnellement avec lui – il y avait tellement de monde- mais j’ai eu le temps d’apercevoir un auteur charmant, très abordable, et après avoir échangé avec d’autres lecteurs passionnés, je prenais la décision de lire ses deux livres, dans un avenir très proche.

C’est désormais chose faite, depuis le week-end dernier.

Aussi achetés, aussitôt dévorés, je ne peux pas vous le cacher.

Je me suis tue, paru en 2015 aux Editions Grasset, m’a totalement retournée !

Lu d’une traite, sans pouvoir lâcher une page, j’ai été happée par la narration de Claire, protagoniste principale de ce roman, dont la vie va basculer le soir, où, pendant un dîner très convenu au cours duquel elle s’ennuie profondément, elle décide de rentrer seule, à vélo.

Horreur…

Elle ne le sait pas encore, mais elle vient de mettre un terme à sa vie…alors qu’elle rêve de la donner, cette vie.

Claire échoue en prison, comme la criminelle qu’elle est devenue après avoir été victime d’un crime effroyable.

Tous ignorent la raison de son geste et de son attitude incompréhensibles.

A la veille de son jugement, Claire se décide enfin à briser son silence.

J’ai eu froid dans le dos, j’ai eu envie de crier, de la secouer, de la contraindre à emprunter un autre chemin, de l’inviter à se confier, de me révolter, de l’écouter, la plaindre et l’aider.

Fin magistrale et glaçante…je ne peux vous en dire plus.

Un fils parfait, paru en 2017,  aux Editions Grasset, m’a lui aussi, bouleversée.

C’est ce qui s’appelle au football, un doublé. Deux tirs, deux buts, pleine lucarne !

Comme dans le premier roman de M. Menegaux, la protagoniste est une femme et le récit est conté au féminin, toujours à la première personne.

De la même façon, je n’ai pu le lâcher, ni pour mon incontournable carré de chocolat, ni pour mon masque censé me donner le teint frais d’une jeune fille (que je suis toujours dans ma tête, bien sûr). Véritable page-turner et inspiré d’une histoire vraie, nous suivons la famille presque parfaite que forment Daphné, Maxime et leurs deux petites filles.

Le jour où Daphné découvre, telle une bombe, la vérité sur celui qui se cache réellement derrière l’homme beau et brillant que tous- y compris elle- voient en son mari, il est déjà trop tard. S’installent une traque haletante et révoltante,  un combat judiciaire que l’on découvre avec stupéfaction, une lutte contre celui qu’elle a tant aimé, une course contre la montre afin de protéger ce qui lui reste désormais de plus cher, ses deux filles.

Une véritable gifle, un besoin de s’exprimer, militer, hurler, faire bouger les choses…ce livre ne pourra vous laisser indifférent.

J’ai trouvé l’écriture de l’auteur percutante, incisive. Sa plume est incroyablement juste, il se glisse avec grande finesse et habileté dans la peau de femmes dont le destin est tragiquement percuté.

Les sujets de ses livres et les histoires de ses personnages m’ont donné très envie d’en savoir un peu plus sur lui…

C’est très gentiment que M.Menegaux a décidé d’abdiquer de son dimanche (!) et a répondu avec enthousiasme à ma grande curiosité.

Découvrez sans plus tarder l’entretien que j’ai le grand honneur de vous retranscrire ici:

  • Dans vos 2 romans, les deux protagonistes principales sont des femmes. Comment expliquez-vous parvenir à vous glisser avec autant de justesse dans leur peau? 

Je vis entouré de femmes ! Marié depuis plus de 20 ans, j’ai deux filles, je dispose d’un terrain d’observation sans limites de temps ou d’espace. J’ai aussi longtemps entretenu de longues correspondances avec des femmes, à l’époque où l’on se racontait en un peu plus de 140 signes, où l’on couchait ses sentiments, ses peurs, ses joies sur des feuilles de papier et où on trépignait d’impatience avant l’arrivée du facteur, je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître… Ces relations épistolaires m’ont beaucoup appris sur le cœur des femmes. Et puis, je vais tout vous dire, je crois que j’aurais aimé être une femme. Alors l’écriture c’était une occasion unique de changer de sexe, sans les risques d’une opération, et avec un billet de retour !

  • Sans me risquer à dire que vos livres sont engagés (à vous de me le confirmer), votre écriture est-elle dictée par la volonté de dénoncer les horreurs de notre société?

Dénoncer les horreurs de notre société, c’est très ambitieux, et je ne me risquerais pas à une telle aventure. L’injustice est un thème qui me fascine. Je crois que j’ai été traumatisé par la lecture du « Pull-over rouge » de Gilles Perrault, étant petit. L’histoire de Christian Ranucci, exécuté, guillotiné, sans qu’on ait de vraie preuve formelle de se culpabilité. J’adore les séries judiciaires, les romans policiers, je suis fasciné par cet univers où votre vie peut basculer en une minute, parce que vous avez eu le malheur d’être au mauvais endroit au mauvais moment. Le film de Claude Miller, « Garde à vue », est un monument, où un bon flic veut faire avouer à un notable qu’il a tué un petit enfant. Il y arrive presque. Et pourtant le notable est innocent. Une autre confidence : j’aurais adoré être avocat, alors comme dans le désir d’être une femme, c’est plus simple de se plonger dans le milieu judiciaire au travers de l’écriture qu’en passant l’examen du barreau !

  • Avez-vous un projet d’écriture en cours? Si oui, pouvez-vous nous en dire plus?

Hé, hé. Projet bouclé ! Le prochain roman sort le 2 mai, et il s’appellera « Est-ce ainsi que les hommes jugent ». Vous voyez, l’injustice, encore présente. En revanche, j’ai repris mes habits d’homme, et c’est un narrateur qui tient la plume. Je suis surexcité dans l’attente de sa sortie, j’espère qu’il va toucher le public !

  • Vous avez publié votre premier roman, « Je me suis tue », à 48 ans. Ecrivez-vous depuis toujours? Qu’écriviez-vous? 

Comme je vous l’ai dit, j’ai longtemps entretenu des correspondances. J’adorais écrire de longues lettres, particulièrement quand j’ai vécu éloigné, au Maroc. Je n’avais pas le téléphone, alors quel plaisir de se mettre à la table pour raconter, pour partager. Puis venait la joie de recevoir du courrier, l’adresse manuscrite, reconnaître l’écriture de mon correspondant ou ma correspondante, et ouvrir l’enveloppe avec précipitation ! Souvent on m’a dit que j’avais « une plume », que je devrais en faire quelque chose. J’ai écrit une nouvelle, en 2000, qui a été sélectionnée dans quelques prix, et j’ai toujours gardé le secret espoir d’écrire vraiment, un jour. Il me manquait une histoire, quelque chose de fort, que j’aurais envie de raconter. J’ai fait un rêve en 2011, et je l’ai noté sur un carnet, à côté de mon lit. Il m’a fallu trois ans pour réussir à l’écrire, avec des pauses interminables. Et en 2015 est sorti « Je me suis tue », le vrai début de l’aventure, grâce à Martine Boutang chez Grasset qui a poussé ce manuscrit reçu par la Poste.

  • Quel type de lecteur êtes-vous? Compulsif, occasionnel? Avez vous un style de prédilection? 

Je suis un lecteur compulsif, je lis 80 à 100 romans par an. Uniquement des romans, je m’endors si je lis des essais ou des livres de management… Une moitié de polars, et l’autre de la littérature, principalement française. Parmi les classiques, « Le vicomte de Bragelonne », « Les Misérables » « L’assommoir » et « Voyage au bout de la nuit » méritent une mention spéciale. Parmi mes lectures plus récentes, j’ai adoré Yann Queffelec pour la violence des sentiments, Sébastien Japrisot pour l’art du suspens et de l’inattendu et San Antonio pour sa langue. Aujourd’hui, je guette Valentine Goby et Alessandro Barrico. « Un paquebot dans les arbres » et « Mr Gwynn » sont deux merveilles sur lesquelles vos abonné(e)s devraient se précipiter!

  • Si vous deviez nous conseiller 2 livres (je sais, c’est difficile), lesquels seraient-ils?

En-dehors de ceux que j’ai cités précédemment, allez, deux romans complètement barges, aux antipodes l’un de l’autre :

« Rafael, derniers jours », de Gregory Mc Donald, un OVNI complet, court, dense et frappant dont je ne suis pas complètement remis, et si vous voulez rigoler un bon coup, « Sans nouvelle de Gurb » de Eduardo Mendoza est une perle. Et puis comme jamais deux sans trois, lisez « Les oreilles de Buster », de Maria Ernestam, magnifique roman sur une fille qui hait sa mère, avec raison.

  • Quels conseils donneriez-vous aux lecteurs qui rêvent de devenir écrivains?

De se lancer ! Et d’être sincère. Rien ne sert d’écrire le livre que tout le monde voudrait lire, ça ne fonctionne pas. Il faut écrire le livre qu’on a envie d’écrire, c’est ça que le lecteur ressent.

  • Je verrais très bien vos deux romans adaptés au cinéma. Qu’en pensez-vous? Etes-vous cinéphile?

Merci ! Moi aussi !!! Ils sont visuels, construits, tendus, fait pour le grand écran ! « Un fils parfait » est en cours d’adaptation pour la télévision, mais « Je me suis tue » n’a pas encore trouvé preneur. A bon entendeur…

J’adore le cinéma, oui, avec des goûts très éclectiques, depuis des films très durs comme « Breaking the waves » ou « Incendies », les classiques (Sergio Leone, Michael Cimino, Martin Scorcese), en passant par les films de Sautet ou Truffaut, jusqu’aux comédies de mon enfance (« Le grand blond avec une chaussure noire » est un monument…)

  • Questionnaire façon Amélie Poulain 

J’aime 🙂

  • La glace à la pistache
  • La nuit depuis un refuge de montagne
  • Un bon bourgogne blanc
  • Les chansons de Renaud
  • Répondre aux questions des blogueuses

Je n’aime pas 😦

  • Perdre aux cartes
  • L’incivilité
  • Le bruit
  • L’injustice
  • L’hypocrisie

Et bien merci Mathieu pour cette entrevue très sympathique, merci de votre générosité, merci pour vos confidences et votre humour, il ne me reste plus qu’à attendre avec impatience le mois de mai !

J’espère vous avoir donné envie de le découvrir, à votre tour !

Belle semaine à tous !

Signature

Un commentaire sur “Rencontre avec Mathieu Menegaux.

Ajouter un commentaire

  1. Merci d’avoir réalisé cet entretien . J’ai lu ses 2 livres suite à la recommandation de ma sœur et j’en ai ensuite parlé autour de moi. Je suis MM sur Instagram et j’en ai appris plus sur lui … 😉

    Aimé par 1 personne

Envie de dire quelque chose?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :