Et si demain,c’était toi ?

Source : http://www.tiji.fr/

Je ne vais pas être très originale et ne pense pas te faire rêver avec mon billet du jour, écrit dans le RER, avec mes tripes et mon dégoût ruisselant.

Ma photo est trompeuse, et oui, moi aussi je sais y faire dans la manipulation médiatique.

Ce n’est pas aujourd’hui que je te parlerai de ma position préférée, du dernier bouquin de gonzesses que je suis en train de lire ou de mes problèmes de transit.

J’aurai préféré, pourtant (surtout du bouquin en fait).

Aujourd’hui précisément à l’heure où je quitte mon boulot pour rejoindre ma paisible et coquette banlieue, j’ai envie de t’exprimer tout mon dégoût.

Je n’en ferai ni des caisses ni des tonneaux ( je sais qu’on dit des tonnes, t’inquiète paupiette) beaucoup de gens bien plus lettrés que moi se sont déjà exprimés sur le sujet.

Mais je ne supporte plus de voir cette déferlante de commentaires, images, photos, vidéos malsaines et écœurantes sur le supposé fléau qui est en train de s’abattre sur notre pays.

Bien évidemment, je veux te parler des températures matinales qui sont bien trop fraîches pour l’époque, tu ne penses pas?

Mais comment je m’habille, moi?

Nan, je déconne, tu as compris toi, hein?

Je te parle bien entendu des migrants que la France a la bonté de bien vouloir accueillir d’une façon presque digne.

Et bien oui, après tout chez eux c’est la guerre et ils y ont connu la misère, alors une gamelle et une tente c’est le Four Seasons pour eux, non ?

Il y a déjà tellement de chômeurs en France, mais putain, ces cons qui sont parfois même plus diplômés que nous, ils vont nous piquer notre boulot?

Et puis avec tout cet argent qu’on dépense pour eux, bientôt plus d’allocations chômage pour nous, finis les ASSEDIC, mais où va ce pays?

Je suis consternée et triste de voir qu’en fait je ne connais pas si bien que ça les gens.

Certains que je considérais de bons copains, au moins assez bons pour avoir envie de me taper de bonnes bouffes et me poiler autour d’un verre de vin  argentin, me donnent envie de vomir avec leurs propos tenus publiquement sur les réseaux sociaux.

Au moins, ils assument, ça, on ne peut pas leur retirer cette haute capacité.

Ils assument pleinement leur ignorance, analphabétisme, méchanceté, stupidité et manque d’humanité, et tout ce que voudrez ajouter qui se termine en é.

Je vous méprise.

Comme vous méprisez ces personnes qui ont vu en une traversée périlleuse, au risque de leur vie et de celle de leur propre famille, la seule et unique solution pour fuir la terreur et la guerre.

Crois-tu vraiment, cher primate, qu’une personne normalement constituée mettrait en péril la vie de son bébé si elle n’avait pas d’autre choix ?

C’est pour rester en vie qu’ils se jettent à l’eau (pardonnez-moi le jeu de mot), tu peux le comprendre, avec le quart de neurone qui semble péniblement habiter ce qui te sert de boîte crânienne ?

Je ne suis du coup plus étonnée et encore moins surprise de la montée du FN dans notre pays.

Trop d’ultra-nationalistes, nombrilistes et flemmards pullulent dangereusement dans notre territoire gaulois.

Racistes ? Je ne sais même pas. Eux-mêmes ne savent pas.

Dangereux, ça, j’en suis certaine.

Parce que quand on n’est pas capable de comprendre cette terrible et dramatique problématique des migrants qui cherchent tout simplement à rester en vie et que l’on véhicule des discours de manipulation médiatique et de « Après tout, chacun sa merde », je me sens en danger.

J’ai peur pour demain, pour mes enfants, pour nous, pour le monde.

A toi pauvre analphabète, j’ai envie de te dire que cet ingénieur irakien qui a rejoint notre pays, il écrit peut-être qui et pas ki et qu’il sait également peut-être mieux que toi appliquer la règle du participe passé ou de l’infinitif.

Participe quoi ? Va, ne te fatigue pas.

A toi, déplorable fainéant, qui préfère rester chez toi en charentaises à regarder les Anges de la télérealité ou toute cette merde, et toucher les allocations chômage, essaye donc de postuler pour un sous- métier comme tu le considères, je suis certaine que tu trouverais.

Mais non, être à la caisse d’un supermarché discount ou vider les poubelles des autres, ce n’est pas pour toi.

Toi, tes charentaises et tes doigts de pieds cornés méritez bien mieux que ça, héros de la patrie que vous êtes.

C’est une fille de l’immigration portugaise des années 70 qui te parle.

Mes parents ont fui la dictature de Salazar pour essayer de retrouver un regain de liberté et de construire une vie comme ils l’avaient rêvée.

Evidemment les situations et les conditions ne sont pas comparables.

Mais ils remercient la France aujourd’hui.

Mon frère et moi avons fait des études, sommes parfaitement intégrés et reconnaissants de ce qui nous a été offert.

Et si c’était toi demain qui était pourchassé, violenté,marginalisé à cause de ta couleur de peau, de tes croyances ou juste parce qu’un fou avait décidé que tu ne rentrais plus dans son moule ?

Tu serais content d’être accueilli par un peuple qui souffre moins que le tien, qui peut t’aider à continuer à rester en vie ou tu trouverais normal qu’il te dise :

« Bah après tout, chacun sa merde« 

Les choses ne se sont pas si simples, nous ne vivons pas dans le monde des Bisounours, on ne peut pas accueillir toute la misère du monde, j’en suis consciente.

Mais ces gens, ces êtres humains, il faut les aider, putain.

Arrêtez les amalgames.

Aujourd’hui, j’ai honte.

Non, bien sûr que je n’ai pas la solution, là, tout de suite et que ce ne sont pas mes belles paroles qui vont résoudre une véritable question sociale et politique.

MAIS…

Des milliers de pères, de mères , de grands parents, de bébés, d’adolescents sont morts, noyés dans ces mers censées les porter vers un autre monde.

Fais gaffe, car toi aussi, tu risques de finir noyé, mais dans ta propre merde.

Et ça, crois-moi, c’est bien moins digne.

Tu n’auras même pas le droit à une photo, retouchée, ou pas.

C’est tout.

(comme le dit Miranda dans le « Diable s’habille en Prada »; je suis en train de lire la suite « Vengeance en Prada, le retour du diable » et voulais vous en parler mais certains en ont décidé autrement).

P-S- Pardon pour le trop grand nombre de « merde ». Non, même pas en fait.

Bonjour, je vous présente Paulo

Rappelez vous, il y a quelques semaines, je vous racontais comment j’avais décidé de parrainer une petite fille avec l’Association PLAN, c’était ici Parrainer une petite fille.

En rentrant de week-end hier soir, je retrouve dans mon courrier, une enveloppe provenant de l’association.

Je n’avais pas enlevé mon manteau que je l’avais déjà ouverte !

J’étais impatiente de découvrir où elle habitait, comment était sa famille, à quoi elle ressemblait, etc…

A ma grande surprise, je tombe sur la photo…d’un petit garçon!

Et oui, finalement, je vais être la marraine d’un petit brésilien qui se prénomme Paulo, et qui comme mon plus jeune fils, a 5 ans.

Je pense que l’association a porté son choix sur ce petit garçon car il est vrai que dans le choix du pays, j’avais mis le Brésil en numéro 1, parlant moi même portugais, je me suis dit que cela serait plus facile pour nos échanges.

Je vous rassure, je ne suis pas du tout déçue !

Voici Paulo et son papa (désolée pour la qualité des photos, mais c’est une photo d’une photo !) :

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Comme mon petit morveux,Paulo a l’air d’être fan de Spider-Man ! Héhé! Ils vont bien s’entendre!

Paulo habite à São Luis, au nord-est du Brésil.

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Il est né le 3 février 2009….je vais lui envoyer un petit cadeau en retard pour son anniversaire 🙂

Son papa est paysan et a 35 ans.

Il a 2 frères âgés de 4 et 10 ans, ainsi que deux sœurs âgées de 8 et 11 ans.

Je n’ai pas d’information sur la maman.

Paulo va a l’école primaire, il a 30 minutes de transport pour s’y rendre.

J’ai été frappée sur la photo par le regard triste du papa…

C’est une très vaste région avec une population d’environ 1 100 000 habitants.

Et comme beaucoup d’autres régions de ce gigantesque et magnifique pays, les écarts entre les riches et les pauvres sont énormes et s’accentuent de plus en plus.

Peu d’habitants de cette région ont accès a une vie de qualité.

Les zones rurales sont évidemment les plus affectées.

Pour vous donner une idée, imaginez que dans cette vaste région de 82 700 ha, seuls 10 collèges existent en campagne !

Les système d’assainissement y sont également inexistants.

A quoi plus précisément va servir ma contribution (et celles des autres parrains ayant choisi d’aider cette région)?

  • L’accès à l’eau potable a été défini comme le principal enjeu.
  • 80% des communautés rurales ne disposent pas d’école et le système de transports pour envoyer les enfants dans une école voisine est précaire,voire inexistant.
  • Sans accès à l’éducation, le nombre d’enfants et d’adolescents consommant de la drogue augmente rapidement dans la région.
  • Les problèmes économiques sévissent naturellement aussi dans cette partie du pays: sans qualification et compétences, ils ne sont pas en mesure de postuler à un emploi.
  • Santé infantile : 90% des cas de mortalité infantile auraient pu être évités à l’aide de pratiques d’hygiène de base ou de connaissances basiques sur la nutrition des enfants et la façon de les traiter pendant leurs premières années. C’est un grave problème rencontré par les familles de la région de São Luis.

L’association PLAN est présente dans la région depuis 14 ans et oeuvre pour améliorer principalement les points listés ci-dessus.

Beaucoup d’actions ont été menées sur le terrain mais beaucoup reste encore à faire.

Les mots clés utilisés par la Directrice de l’Unité du Programme sur place dans le message qu’elle m’a envoyé sont:

  1. Santé
  2. Education
  3. Assainissement
  4. Egalité de genre
  5. Création et développement des loisirs
  6. Autonomisation économique des jeunes
  7. Plaidoyer en faveur des droits des enfants et des adolescents

Voilà, j’avais promis que je vous tenais au courant et que je vous raconterai au fur et à mesure cette nouvelle aventure humaine.

A mon tour, je vais adresser un courrier à Paulo, avec des photos de nous, de Paris, de la France et lui parler de nous.

Comment nous vivons, quels sont nos rêves et nos problèmes, consciente que nos réalités sont opposées.

Je suis heureuse de pouvoir le faire dans sa langue natale.

Hâte de recevoir ses dessins, d’autres photos et qu’il puisse me parler de sa vie au quotidien.

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To be continued…

Ne laissez jamais personne vous détruire

Dire que je m’apprêtais à vous raconter mon escapade dans la petite Venise du Nord .

Dire que j’allais vous enivrer avec ma niaiserie de ce week-end de Saint-Valentin.

Je suis dans le train qui me ramène de Bruges à Paris (où quelqu’un essaie d’ailleurs de me tuer car c’est de l’air froid qui souffle à la place du chauffage juste au niveau de mon siège, je ne sais pas si je pourrai terminer ce billet).

Pourtant, je viens d’être confrontée à nouveau à la douleur d’une collègue qui traverse un moment difficile, un moment que beaucoup trop d’entre nous ont vécu et par conséquent j’ai envie de vous parler d’elle, de moi et des autres.

Elle vient de m’envoyer un message de désarroi.

Je sais qu’on a beau dire que les paroles sont emportées par le vent (j’ai toujours le même humour pourri, vous pouvez le vérifier), je trouve qu’il est toujours bon de redire les choses,les répéter maintes fois au risque de paraître pénible et rabat-joie, raconter son expérience peut être bien souvent salvateur,tout simplement pour éviter qu’elle ne se reproduise.

Encore une fois.

Pour que vous ayez une chance de prendre un autre chemin, vous arrêter à temps ou tourner à droite, au lieu de vous éloigner et sombrer.

Cette collègue, cela faisait quelques mois que je la voyais dépérir.

Elle avait perdu son sourire,d’habitude si avenant et entraînant.

Elle ne parlait plus, elle ne se mélangeait plus à nous, elle qui était la première à commander une tournée de bières lors nos sorties.

Les cernes sous ses yeux se sont creusées.

Ses jolies formes se sont gommées.

Elle n’était plus que l’ombre d’elle même.

J’ai d’abord pensé qu’elle était gravement malade.

C’est toujours difficile d’aborder son intimité avec un collègue de bureau, surtout quand on ne sait pas vraiment de quoi il s’agit.

Mais un jour je l’ai vue dans un tel désarroi que je lui ai demandé de venir dans mon bureau.

J’ai juste eu à lui dire que je voyais que ça n’allait pas et que je pouvais peut-être faire quelque chose.

Puis elle m’a dit.

Elle souffrait de la même maladie que moi il y a quelques années, années qui ne sont finalement pas si lointaines.

Elle souffrait.

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Sa séparation brutale et inattendue était en train de la tuer à petit feu.
Ses enfants, deux et en bas âge , elle ne sait plus comment les gérer.
Elle ne sait plus où trouver la force .
Elle ne sait plus à quoi s’accrocher, à qui.
On peut vite basculer et se demander si la vie vaut le coup d’être vécue à présent.

Je ne le sais que trop.

Tout s’est écroulé, sans aucun préavis .

Je lui dit que c’est au fond d’elle qu’il faut qu’elle la trouve,cette force.
Je lui ai montré une photo de moi au moment où je traversais cette épreuve(elle cause toujours un électrochoc aux gens qui m’ont connue bien dans mes baskets).
Je pesais alors 49 kilos ( pour 1,74m) et je faisais peur à voir (c’est pas pour ça que je me présente à Miss France non plus maintenant héhé).
Et je l’ai mise en garde.

Ce mal et cette souffrance peuvent t’entraîner loin, là où tu ne songes même pas.

Je lui ai parlé de la maladie qui s’est déclenchée suite à ma séparation, qui aurait pu avoir de lourdes conséquences si je n’avais pas choisi de me battre.
Mon médecin m’avait alors dit qu’il avait eu à faire au cours de sa carrière à des cas similaires au mien : patients en parfaite santé,puis,après un violent choc émotionnel, un mal qui vous ronge de l’intérieur et vous donne l’impression de marcher avec des couteaux dans le ventre,et hop, cette vilaine  pathologie s’invite chez vous.

Et peut vous tuer.

Je ne mettrai pas un nom dessus car aujourd’hui je ne veux pas vous parler de ça.
Par contre à elle , je lui ai dit que si je m’en étais sortie, c’était grandement grâce à ma volonté.
Mais aussi pour mes enfants, la famille et quelques précieux amis (coucou Philippe).
Je lui ai aussi dit que je connaissais cette douleur .Trop.

Mais aucun être humain n’a le droit sur cette terre de nous faire peiner de la sorte.

Personne, non, personne n’a le droit de nous détruire .

Il ne mérite pas qu’elle se mette dans cet état.
Nous sommes plus forts que nous le pensons.
L’horreur d’aujourd’hui pourra se transformer en bonheur demain.
Seulement demain c’est peut être dans 6 mois, dans 1 an, dans deux ans.
Il faut être prêt, il faut se reconstruire.
Mais on ne peut pas le faire seul.
Je le sais.

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Alors aujourd’hui j’aimerai juste que tu acceptes qu’on te tende la main.
Cela peut être la mienne, un ami, un membre de ta famille, ton prof de gym, qui tu veux.
Quelqu’un qui voit en toi qui tu es vraiment.
Tu es jolie,une belle personne, pétillante et brillante.
Moins en ce moment.
Et n’oublie pas.

Tu as deux enfants merveilleux qui ne seront plus les mêmes si tu n’es pas là.
Moi aussi j’ai voulu partir.

Regarde- moi maintenant.

Accroche toi , je t’en prie, cela vaut la peine.

Parle,crie, pleure, cours, marche, cuisine, sors, pars loin un moment s’il le faut, regarde Bridget Jones en boucle.

Tu as le droit.

Mais reviens.
Reviens avec ce beau visage qui m’a fait dire de toi la première fois que je t’ai rencontrée « cette nana, elle est vraiment canon, sous tous rapports ».
Cette nana canon, c’est toi.

Réveille la. S’il te plaît .Réveille-toi.

Tu vois, moi, je suis guérie .

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Tu vas y arriver aussi.

Affectueusement,