S’affranchir de son passé

J’ai dix ans.
Je mesure déjà 1,50m,ma frange à été coupée beaucoup trop courte,j’ai les oreilles décollées.
Je m’en souviens comme si c’était aujourd’hui.
J’entends le bruit des assiettes en porcelaine blanche s’éparpiller en mille morceaux sur le sol de la cuisine.
Le bruit s’arrête pendant quelques minutes et ma peur et mon angoisse avec, au milieu de la nuit.
Puis,ça recommence.
Ce bruit a bercé de nombreuses soirées de mon enfance.

Little girl with toy bear in the darkness Des cris et des insultes l’ont accompagnée, mon enfance.
Pas envers moi.
Pourtant je les ressentais comme s’ils m’étaient directement adressés.
Je croyais ressentir sa souffrance et sa peine, sans pourtant savoir comment ça se passe véritablement chez les grands.
Elle, elle pleure. Tout le temps.
Elle ne semble pas heureuse, jamais.
Elle s’est pourtant toujours bien occupée de moi et plus tard de mon frère.
Nous l’avons souvent entendu dire qu’elle voulait partir, quitter ce monde qui ne lui apportait qu’agonies.
Cela nous blessait.Nous pensions alors n’avoir aucune valeur à ses yeux.

Il la trompait.
Il faisait venir l’autre à la maison.
Je la connaissais et dans me tête d’enfant, je pensais déjà à une façon de tuer. La tuer.

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La faire disparaître, cette femme avec ses dents trop blanches,ses yeux trop maquillés comme ces femmes que je voyais au bois quand j’allais faire du vélo avec lui,ses jambes trop fines et sa poitrine toujours si découverte.

Et ce parfum, comment l’oublier, ce parfum qui me donnait envie de vomir tellement elle avait plongé dedans.

La voir à la maison, savoir dans quel état cela la mettait, cela m’était insupportable.

A cause de cette femme,elle a souffert les pires humiliations en tant que femme,mais aussi en tant qu’épouse.

A lui, je crois que je ne lui ai jamais pardonné pour cela.

Jamais.

Puis à l’été de mes 15 ans,dans notre maison de vacances, elle a essayé de partir,vraiment.

Rien ne la raccrochait à la vie.

J’ai du défoncer la porte du salon pour essayer de la secourir.

J’ai retrouvé un verre de whisky renversé sur le tapis bon marché qui recouvrait notre parquet vernis.

Et des tas de pilules blanches aussi.

Elle,elle était allongée, à moitié nue, sur un des canapés.

Elle n’avait pas réussi, elle délirait et appelait mon frère dans ses divagations causées par le cocktail qu’elle aurait souhaité mortel.

Pas une seule fois elle n’a prononcé mon prénom.

Je me disais alors pour me rassurer qu’elle était plus inquiète pour mon frère car il était plus jeune et avait plus besoin d’elle.

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Nous n’en avons jamais reparlé.

Et pourtant aujourd’hui vous êtes toujours ensemble.

Longtemps j’ai détesté les hommes et n’ai vu en eux que d’abominables machos qui trompaient tous leurs femme.

Longtemps aucun n’a mérité ma confiance.

Je me disais,moi,on ne me traitera jamais comme ça.

Je me disais,moi, je n’en arriverai jamais là.

Et pourtant j’ai toujours été avec des hommes qui m’ont malmenée.

Ironie du sort…

Aujourd’hui,j’ai 37 ans, je mesure 1,74m, j’ai délaissé ma frange et mes oreilles ont miraculeusement retrouvé leur place.

Aujourd’hui, j’ai plutôt choisi de vivre que de me nourrir de ces failles profondes qui ont entaillé mon éducation sentimentale,mon éducation tout simplement.

Pour pouvoir faire de nouveau confiance, pour ne plus me sentir responsable, pour me délester de ce poids.

Aujourd’hui, j’ai décidé de m’affranchir de ce passé.

Light stairway

Parrainer une petite fille

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En début de chaque nouvelle année, nombreuses sont les personnes qui aiment à coucher sur papier une liste de résolutions toutes fraîchement pressées.

C’est respectable. S’y tenir l’est encore plus.

Pour ma part, je me dis toujours, cette année je continue à dévaler les pistes du bonheur et éviter au maximum de me prendre des balises, j’en ai déjà essuyé de trop!

Coïncidence ou pas, en ce début d’année, j’ai enfin décidé de parrainer une petite fille.

Essayer de lui donner une chance pour lui construire un avenir, lui offrir les moyens de se protéger contre l’exploitation et la violence, lui donner l’accès à une éducation de qualité, lui permettre de faire valoir ses droits.

Cela faisait longtemps que je voulais le faire, j’en parlais, j’y pensais, mais je n’avais jamais entrepris la démarche.

Le déclic est venu l’autre jour après une discussion avec Petit Marmot.

Il me prend un peu pour Robine des bois (féminin de Robin, je ne vois pas pourquoi je me masculiniserai, hé), simplement parce que je donne quelques pièces par ci par là…seulement il ne comprend pas pourquoi je ne donne pas à tout le monde.

Je ne pensais pas qu’on pouvait avoir ce genre de discussion avec un enfant de 5 ans : la pauvreté, la misère, perte d’emploi, ne plus avoir le soutien de la famille, bref…

Puis je me suis mise à lui expliquer que lui et son frère pouvaient se considérer chanceux car ils bénéficiaient naturellement de conditions de vie dont d’autres enfants ignoraient l’existence même.
Nous avons fini par évoquer le film « Sur le chemin de l’école » qui nous avait tellement émus en voyant ce que ces enfants des 4 coins du monde devaient faire pour pouvoir accéder à l’éducation.

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Le jour suivant, je suis allée chez le médecin (le jour où je n’avais pas mis de soutien gorge et j’avais mis du scotch sur mes tétons par ce grand froid, jour mémorable…) et dans sa salle d’attente, j’y retrouvais un feuillet de l’organisation PLAN FRANCE.

Je l’ai pris, l’ai bien lu et n’ai pas hésité. J’ai envoyé mon bulletin de parrainage.

J’ai dû choisir entre un garçon ou une fille, j’ai choisi une petite fille.

Je devais choisir un continent, j’ai choisi l’Amérique Latine.

Ensuite on doit choisir la langue d’échange souhaitée: j’ai choisi les 3 proposées (français, anglais, espagnol, yes, I am trilingue).

J’attends maintenant mon dossier personnel dans lequel je découvrirai la photo de ma filleule, de sa famille, ainsi que les informations sur les projets en cours au sein de sa communauté.

Je ne vous raconte pas ça pour me faire mousser.

Je suis fière d’avoir pris cette décision et de la partager avec mes enfants qui sont malgré tout confronter à la misère du monde mais ne font rien pour la changer.

Tout comme moi…ce n’est pas avec les quelques pièces que je distribue que je vais changer quelque chose, au mieux je me donne bonne conscience.

En ce moment, tous les soirs en rentrant du bureau,je croise un vieux Monsieur devant la supérette. Je lui donne une pièce, je lui glisse quelques mots de réconfort, et après?

J’en suis malade à chaque fois…et pourtant.

Après, je rentre chez moi, dans mon quartier bobo, dans mon appartement surchauffé, me lamenter que la Freebox est encore en panne.

Nous n’avons décidément pas les mêmes préoccupations.

Alors, je voulais vous dire que des fois on ne saute pas le pas parce qu’on pense que c’est compliqué, et de gestion difficile.

Moi aussi je le pensais. C’est pourtant très simple.

Je vais contribuer à hauteur de 28 € par mois.

Il vous suffit de remplir un bulletin, choisir le sexe de l’enfant, le continent ainsi que la langue d’échange souhaitée, puis la formule de parrainage (en fait, cela correspond au montant de la contribution, il y en a 3 de proposés).

Vous envoyez une autorisation de prélèvement mensuel et voilà!

Je rajouterai que ces dons sont déductibles d’impôts sur le revenu, à hauteur de 66% et que vous pouvez arrêter votre parrainage à tout moment, sur simple lettre…je me sens bête de vous dire ça mais il est aussi vrai qu’on ne sait jamais ce que la vie nous réserve.

J’ai maintenant trop hâte de recevoir sa photo, savoir comment elle vit et ce qu’elle va pouvoir faire grâce à ma petite contribution qui pour elle sera, je l’espère, à la hauteur de ses rêves d’enfant.

J’espère également pouvoir lui rendre visite un jour et concrétiser en même temps mon souhait de découvrir l’Amérique Latine.

Je partagerai bien évidemment tout cela avec vous <3.

Il existe un grand nombre d’associations qui essaient d’améliorer le quotidien de ces enfants défavorisés dans le monde entier.

J’ai choisi PLAN FRANCE qui est une ONG de solidarité internationale et intervient dans 50 pays (www.planfrance.org).

Ce sera un de mes petits moments de bonheur de l’année.

Merci de m’avoir écoutée.

le journal des femmes et plan solidaires a la cause des filles 280611