A mon bébé sumo à la clavicule cassée

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Un doudou oublié, les chaussons rangés, le calme retrouvé, la porte de la chambre refermée, mais pas la sérénité.

Une nouvelle semaine qui commence chez papa, où tu vas cocher les jours sur le calendrier posé au dessus de ton lit, afin de compter les dodos qui te séparent des câlins de maman, de ses fajitas et des meilleures pâtes à la carbonara de l’univers, comme tu le dis.

Pourtant tu te plains souvent que chez maman on se couche trop tôt, on a trop de règles « énervantes ».

Tu m’as dit hier que tu préférerais que je retourne vivre avec ton papa.

Je te réponds que tu étais pourtant trop petit lorsque nous avons décidé de ne plus nous aimer, que tu as connu la valse des sacs à dos très tôt, que tu n’as peut-être pas eu le temps de garder des images de nous dans ta petite tête de bébé joufflu.

Et que c’est peut-être mieux ainsi.

Tu me susurres que tu t’en fiches, même si on se n’aime plus, ce serait le seul moyen de me voir plus souvent, car, après tout, ce n’est pas juste que ce soit ton frère qui profite de moi tous les jours et pas toi.

Toi qui es un petit bonhomme si dur et si fort de caractère, du haut de tes presque huit ans, tu oses enfin me demander pourquoi est-ce que l’on s’est séparé.

Toi, qui sais si bien faire la part des choses et qui semble profiter pleinement de ton papa et de ta maman séparément, tu poses enfin des mots sur ce qui apparaissait si naturel depuis toujours.

Comment mettre à mon tour des mots sur ce qui s’est passé ?

Je ne pourrai jamais te l’expliquer.

Je me dois de te préserver.

Distinguer mon rôle de maman et de femme et faire ainsi la part des choses, n’a pas toujours été facile.

Lors de ce tremblement de terre, j’aurai voulu t’arracher de ton père et faire en sorte qu’il ne te voit plus jamais, pour qu’il mesure les conséquences de ses actes et qu’il souffre, à son tour.

Je mesure la dureté de mes propos.

Cela n’aurait évidemment pas été intelligent, tu aurais probablement été celui qui en aurait finalement pâtit le plus, plus tard.

Mais fait-on preuve d’intelligence quand on est submergé par la peine et terrassé par la douleur ?

Il faut croire que oui, que l’on va puiser quelque part cette lumière de lucidité et c’est ce que j’ai choisi pour toi, alors que d’autres s’évertuent à faire la guerre, moi, j’ai déposé les armes.

Si tu avais vu « Kramer contre Kramer », tu comprendrais…

Pour l’instant nos échanges cinéphiles se limitent aux Disney.

Cela ne signifie pas que je n’ai pas décidé de me battre pour toi, bien au contraire.

Cette peur que tu m’en veuilles un jour me réveille parfois.

Je comprends mieux ton agressivité et ton hostilité à l’égard de l’image de la famille recomposée parfaite que nous véhiculons, tes paroles souvent rudes, tes regards et gestes qui peuvent être blessants.

Peut-être penses-tu au plus profond de toi que je ne t’ai jamais assez aimé pour te garder toujours auprès de moi.

Ta peine fait finalement surface, nous qui pensions avoir réussi à la noyer au milieu de l’océan de nos propres pleurs.

Il faudrait peut être que tu saches pour comprendre, toutes ces choses que je m’interdis de te dire.

La seule réponse que je puisse t’apporter est l’amour, l’amour A2, A3, A4, A5, l’amour sous tous ses formats, de toutes les couleurs, celui qui empêchera nos cœurs de s’assécher, de devenir aigris et vivre dans le passé.

Parce que le présent est aujourd’hui en quadrichromie et que c’est ainsi que nous souhaitons que tu vois l’avenir, la vie, l’amour, le monde.

Je me dois de t’écrire ces mots si un jour tu te mettais en quête de réponses.

Le fait que j’aime un autre que toi, ton frère ou ton papa, n’enlève rien à tout l’amour que mon cœur de maman ressent pour toi, bien au contraire.

Et que même si ce n’est pas le parfum de mon cou que tu respires les soirs où tu es avec papa, lorsque tu vas te coucher, je m’efforce de t’envoyer par bluetooth, toi qui es déjà si familier avec les nouvelles technologies, toutes les notes de senteurs qui sont uniquement les nôtres, à toi et moi, depuis que tu es apparu dans ma vie, cette journée ensoleillée d’avril, avec ta tête de sumo et ta clavicule cassée.

Signature

P-S : Oui, je sais, ce n’est pas avec ce titre que je vais améliorer le référencement de mon blog sur Google…mais est-ce le but?

Ces vendredis où mon coeur s’emballe.

« Parce que tu m’aimes tout là haut jusqu’au ciel ».

Oui, il faut que je m’en rappelle tous les jours de cette phrase.

Parce que c’est n’est pas simple.

Rappelez-vous ce vendredi où je vous racontais comment mon petit coeur de maman avait éclaté en mille morceaux, c’était ici: Parce que tu m’aimes tout là haut jusqu’au ciel.

Le vendredi, c’est le week-end, tout le monde adore le vendredi.

Sauf que moi, une semaine sur deux quand je vais te chercher alors que tu as passé la semaine avec ton papa, j’ai les jambes qui tremblent et le coeur qui s’emballe, comme si je venais de courir un marathon.

A chaque fois, j’ai peur que tu me dises de nouveau que tu ne veux pas me voir, que tu préfères papa.

Cela ne s’était jamais reproduit.

Mais vendredi dernier, mon petit coeur s’est retrouvé à nouveau à battre comme un fou (comme un soldat, comme une star de cinémaaaa, ok, c’est pas drôle).

Parce que ce vendredi, tu m’as accueillie en me disant que tu en avais marre que, avec moi, tu sois obligé de rentrer en bus à la maison.

« Papa, lui, il prend toujours la voiture » (pour parcourir 500 mètres).

Avec papa, de toute façon c’est toujours mieux.

« Je déteste les règles, maman ».

Comme toujours, j’essaie de ne pas hausser le ton de la voix ou lui montrer que je suis submergée par l’émotion et que j’ai mal.

Et j’essaie de comprendre ce qui le pousse à dire de nouveau ça.

Il me dit alors qu’il n’aime pas que j’ai un amoureux (« même si on fait bien la bagarre ») parce qu’il aurait préféré qu’on reste toute la vie que tous les 3.

Je lui demande alors qui sont les trois personnes.
« Maman, bah tu sais bien ! Toi, moi et mon frère. C’est ça la famille« .

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Je lui dit alors que son papa aussi est important dans sa vie, et qu’il en a besoin (je vous mentirai si je vous disais que je n’étais pas contente qu’il m’ait inclus dans le trio vital, c’est humain je pense).

« Oui maman, je sais. Mais je pourrai le voir le week-end des fois, 2 ou 3 dodos. Mon copain T. m’a dit à l’école que le plus important c’est la maman et que on a plus besoin d’elle pour être un homme. Alors il a dit que c’est pas normal que je suis pas toujours avec toi » ( j’ai transcris ses paroles, je n’ai rien corrigé).

Je suis stupéfaite par ces propos, ses propos.

Je lui rappelle qu’il vient pourtant de me dire que tout était mieux avec papa.

« Oui mais t’as rien compris maman. C’est mieux parce qu’il est toujours plus (+) là et que j’ai le droit de faire ce que je veux.Mais je préfère faire ce que je veux avec toi…mais je peux pas parce que tu travailles beaucoup et tu peux pas me garder toujours » (Je précise que son papa travaille de la maison, est à son compte, ce qui lui offre une plus grande souplesse, que je n’ai effectivement pas).

Et comme l’autre vendredi, tu te blottis contre moi et tu t’endors.

Puis tu te réveilles comme si de rien n’était.

Que dire? Que faire?

Je ne peux pas lui dire que je me réjouis.

Je ne peux pas lui dire que je suis triste.

Je ne peux pas lui dire que cette situation, je ne l’ai pas voulue, que ce n’est pas de ma faute.

Et puis ce soir, au coucher, tu me dis que chaque nuit, avant de te t’endormir, quand tu es chez ton papa, tu penses à moi et « je regarde très fort la photo accrochée au dessus de mon oreiller, celle où on est tous les deux, et tu portes ta robe noire, maman. Elle me rappelle que je t’oublie pas quand je suis pas avec toi ».

Alors, je peux juste lui dire que je l’aime.

Que moi aussi, je l’aime tout là haut jusqu’au ciel.

Avoir envie d’un bébé et devoir faire un choix

Pourtant tout le monde sait que j’ai détesté être enceinte et l’état hippopotamus.

J’ai toujours dit plus JAMAIS de grossesse, plus jamais de doigts en knackis, de carte michelin sur mes seins, d’aigreurs et de nausées insupportables et horreur absolue, être privée de sashimis saumon, non, plus JAMAIS.

Mais si ça ne tenait « qu’à ça »…peut-être oserai-je vous confesser que je serai prête à tenter de nouveau l’aventure.

Ce n’est pas l’âge qui m’en empêche, je vous rassure.

Oui, je crois que je serai prête à tenter de nouveau l’aventure.

Pour être choyée au moins une fois en tant que femme enceinte dans toute sa fragilité.

Pour que l’on m’aime un peu malgré mes 20 kilos de trop et mes fesses XXXXXL.

Pour que je ressente pendant quelques petits instants de mon existence que c’est un projet qui va aboutir, que l’on a voulu tous les deux et pour lequel on sera TOUJOURS deux.

Pour que cette fois-ci, ce bébé ne fasse pas l’objet d’un planning excel pour synchroniser les gardes.

Pour que pendant l’accouchement, je sente dans le regard de mon amoureux l’amour qui lui a donné envie de me choisir pour mère de son enfant, notre enfant.

Pour que pendant toute une vie, on rit, on pleure, on se soucie et on blasphème,à deux.

Pour que dans la cuisine, on entende « papa » et « maman » et cette fois-ci on tourne la tête, tous les deux.

Pour offrir à ce trésor ce que je ne pourrai pas donner à mes garçons.

Seulement, si aujourd’hui nous décidions d’avoir « notre » bébé, cela signifierait peut-être la fin de ce sentiment de bonheur que personne ne peut entraver.

Nous avons déjà 3 enfants avec des aléas non négligeables.

Nous avons toujours su jusqu’à présent tout concilier et avons tiré de chaque situation compliquée un enseignement qui nous a été bénéfique.

Les choses ne sont pas si simples.

L’organisation est minutieusement ficelée des mois à l’avance, afin que les vacances et les week-ends puissent coïncider et que nous puissions nous retrouver tous ensemble mais aussi tous les deux.

Nous apprécions ces moments où finalement grâce à notre malheur, nous avons l’occasion de nous retrouver en tête en tête.

Un bébé tout neuf nous priverait de ces moments de liberté et de cette insouciance que nous retrouvons volontiers 1 week-end sur deux.

Un bébé tout nouveau viendrait encore rallonger nos journées et charger nos plannings déjà si bien remplis.

Mais voilà, j’aimerai tellement avoir un bébé à nous.

Comment faire un choix?

Comment définir la priorité?

Aujourd’hui j’ai envie de choisir ma vie de couple, ma vie de femme.

Et puis, ce n’est pas comme si je n’avais jamais été maman.

Un choix égoïste me diront certains.

Mais si,comme par le passé, et comme il arrive à un certain nombre de couples,le bébé venait nous éloigner?

Non, j’ai peur.

Mon choix est fait.

Mais voilà, j’aimerai tellement avoir un bébé à nous.

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