S’il vous plaît, ne me brusquez pas.

61e2b5e82ddb3fa4878c76ca79543d61

Alors c’est ça la nouvelle devise.

Plus fort que liberté, égalité, fraternité.

Il faut continuer à vivre.

Évidemment.

Je le fais,  pourtant.

Peut- être pas avec conviction mais avec grande auto-satisfaction.

Seulement je vous demande, ne me brusquez pas.

Ne me demandez pas d’effacer comme par magie toutes ces images de ma mémoire.

Ces avis de recherche qui pour beaucoup trop ont mis un point final à leur histoire.

Ne me demandez pas d’oublier ces témoignages bouleversants.

Ces larmes et âmes volées qui ne cessent de me hanter.

Ne me demandez pas de mentir.

Vous dire que mes nuits sont paisibles et reposantes serait un vilain mensonge.

Vous cacher que, alors que mes yeux cherchent encore la pénombre, mon premier regard du matin  se pose sur mon smartphone ne serait pas très honnête.

Vous parler de mon trajet vers mon boulot comme une promenade légère et dénuée de peurs serait une piètre boutade.

Vous affirmer avec véhémence que je ne sursaute pas au moindre cri, au plus léger crissement de pneu, aux pleurs d’un enfant, serait vous tromper une nouvelle fois.

Cette semaine écoulée a été pour tous très difficile.

Entre larmes et rires nerveux, chacun essaye de faire face à cette menace qui nous touche tous, sans exception.

Chacun à sa façon.

La vie doit reprendre, nous efforçons-nous tous de crier.

Ces derniers jours, je me suis vue accablée de critiques, ai nourri des discussions parfois violentes (comme si on avait besoin de ça en ce moment), simplement parce que j’ai osé dire à haute voix que j’avais peur.

Que j’avais peur de me rendre au concert prévu depuis des mois la semaine prochaine.

Que au même moment où j’écris ce billet, je suis descendue du train pour changer de wagon.

Que je crains pour mes enfants.

Que ce week-end, je n’irai pas au centre commercial.

Que je préfère rester avec les miens avec un bon chocolat chaud et de l’amour plutôt que de m’afficher en terrasse avec la peur au ventre.

Est-ce mal?

Est-ce si mal d’avoir peur qu’il m’arrive quelque chose et que mes enfants se retrouvent sans maman?

Je lis partout des billets prônant l’attitude contraire, le refus de la peur, le déni de la terreur.

Et je trouve cela très bien, je leur dis BRAVO.

J’aimerai être ainsi et faire partie de cette force collective qui se déploie franchement, ce courage, ce tempérament guerrier, cette sorte d’effronterie.

Vous savez, comme vous, j’aime rire, boire, manger, sortir, danser, m’amuser.

Mais la tolérance c’est également ça, acceptez les réactions de l’autre, essayez de comprendre ses peurs et pourquoi pas le rassurer.

La vie reprendra le dessus, je n’en doute pas.

Mais seulement à une semaine de ces terribles événements, ne me demandez pas de faire semblant.

Oui, je vous demande, s’ll vous plaît, ne me brusquez pas.

Maman, j’ai peur.

Il y a une semaine je vous faisais part ici de ma désolation face à cette société qui me paraît malade.

Il y a trois jours , je pestais encore parce que je devais payer ma taxe d’habitation et faire un chèque de 180 € pour payer la cantine.

Marre de me faire plumer disais-je.

Ce matin,  j’ai tout payé, en silence, sans même un soupir.

Je ne peux pas me plaindre, je n’en ai pas le droit.

Depuis , il y a eu le 13 novembre.

Je n’ai pas payé de ma vie, moi.

Il y a eu trop de victimes, trop de rêves et de familles brisés, des gens qui étaient là juste pour célébrer.

Après le 7 janvier.

Ici, tout va bien.

En fait, non, je corrige, nous sommes tous en vie.

Ici, tout va plutôt mal.

Mon ado tient des propos surréalistes, il ne comprend pas, il juge les mauvaises personnes, celles qui ne le sont pas.

Il ne veut pas retourner au collège, il a peur.

Il a peur d’eux dit-il.

Mais de qui ?

« Des musulmans maman, il y en a beaucoup dans mon école. »

« Et alors ? »

«  Et alors, je sais qu’ils vont dire que c’est bien fait pour nous. »

Voilà.

L’amalgame est le pire ennemi qui soit et il est là, bien encré, vicieux et sordide, s’infiltrant tel un poison dans chaque faille qu’il s’empresse de détecter.

Il vient d’avoir 14 ans, mon ado.

Je ne vais pas relayer ce que je lis ici ou là-bas, ce que j’entends murmurer tout bas.

Il n’est pas le seul à faire cet amalgame, non, malheureusement, ne nous voilons pas la face.

Ce ne sont pourtant pas des propos que nous tenons à la maison, oh que non.

Ces chiens galeux qui ont frappé une nouvelle fois notre pays sèment la terreur et la confusion dans les esprits.

Des esprits qui ont besoin de réponses rationnelles, de faits compréhensibles.

Parce que tout cela est un cauchemar et on ne veut pas y croire.

On ferme les yeux, on baille, on s’étire, on se demande si on n’a pas rêvé.

Est-ce que c’est vraiment arrivé ?

Le drapeau français en berne, la Grande Dame éteinte, les messages des amis qui prennent des nouvelles, ces images qui tournent en boucle, ces avis de recherche qui nous prennent aux tripes.

Il y a ce joueur de piano hier, qui en hommage aux victimes a joué « Imagine ».

Il y a Placido Domingo, qui avant sa représentation à l’Opéra de New York, chante la Marseillaise avec émotion.

Oui, c’est bien arrivé.

Alors j’essaie de lui expliquer en vain que non, ces hommes et ces femmes n’agissent pas au nom de Allah.

J’essaie de lui crier que non, « Allah le très-Haut » ne donne pas puissance et victoire à ces individus et ne facilite certainement pas la réalisation de ces infâmes tueries.

J’essaie de lui souffler que non, il n’y a pas raison d’avoir peur bien que je n’y crois pas vraiment.

Nous sommes en guerre, orphelins de toutes ces vies volées, perdus dans ce brouillard, titubant comme des enfants qui font leurs premiers pas.

Des élans de solidarité nous réchauffent le cœur quelques instants.

Des bougies allumées par milliers, essaient de faire revenir la lumière.

Tout à coup nous sommes tous frères et nous nous sourions même, timidement, solidaires dans cette peine qui nous touche tous.

Nous donnons notre sang en masse, comme pour stopper cette hémorragie et faire oublier celui qui s’est trop déversé, de sang, vendredi soir.

Mais pouvons-nous vraiment quelque chose face à terreur qui nous paralyse malgré tout?

Nous nous sentons impuissants, dénudés, démunis face à cette menace qui semble plus que jamais peser sur nous.

Dire que nous n’avons pas peur ? Le croyons-nous vraiment ?

Nous n’avons pas de kalachnikovs, de fusils à pompe, de grenades meurtrières.

Certes. Et heureusement.

Mais nous avons les mots.

Les mots pour combattre l’ignorance, la méchanceté, ces propos ignobles qui sifflent à nos oreilles, ce dangereux amalgame.

Un musulman n’est pas un terroriste, nous devons le prêcher.

C’est mon travail avec les miens, ma petite contribution à cette guerre contre l’aveuglement, l’ânerie, l’inculture, l’insuffisance, l’obscurantisme profond.

La stigmatisation ne doit pas être française.

Des français, nous préférons lire ces quelques lignes du New York Times, légères et parfumées (merci Adrien pour le partage) :

12241672_10153178157327321_2983443802863953715_n

Mon combat à moi, c’est ne plus entendre « Maman, j’ai peur ».

Je n’ai plus de mots.

Merci à tous. #PRAYFORPARIS

12239746_1230555736970848_3230400867448280526_n

 

 

 

Et soudain avoir peur d’être heureuse

Est-ce propre à la nature humaine d’avoir peur et de douter dès que tout semble aller trop bien?

Dès qu’il fait beau trop longtemps,au lieu d’en profiter avidement, on se questionne déjà sur l’arrivée de la pluie.

Une tempête est pourtant passée par là, il serait pourtant plus judicieux de savourer ce calme,n’êtes-vous pas d’accord?

Comment envisager un avenir sereinement alors que tout a toujours été trop complexe, que le chemin a été sans cesse parsemé d’embûches pendant tant d’années?

Avoir rencontré trop de déceptions et côtoyé de près de si nombreuses faces obscures de la vie,oui,cela nous conditionne,inévitablement.

Prudence et méfiance s’invitent dans nos vies.

On ne goûte plus de la même façon, on savoure différemment,on apprend le code de la route des grands blessés du cœur.

Quand il revient toquer à notre porte,le bonheur, on lui ouvre et on referme aussi tôt en lui criant timidement qu’il s’est trompé de palier.

Mais il refrappe, il peut être persistant.

On l’écoute, sans trop de conviction,en lui murmurant que l’on ne nous y reprendra plus.

On se demande pourquoi on mériterait une trêve, après tout, on avait presque assimilé qu’on n’était pas fait pour être heureux,comme une sorte de destinée tragique d’héroïne de roman du 19 ème siècle.

Source Pinterest
Source Pinterest

Puis il s’installe,le bonheur,et l’avenir nous dessine à nouveau de belles choses,avec de jolies couleurs.

Alors,on prend peur.

Alors,je prends peur.

Quelque chose me souffle que c’est mon tour et que je l’ai mérité.

Un autre vent me percute au passage sur la route et me susurre qu’il me faut être plus sceptique.

Il me questionne sur ces soirées trop parfaites, sans jamais aucune fausse note.

Il  m’interroge sur la gentillesse et la bienveillance de mon amoureux.

Il doute de la réalité de nos projets qui sont pourtant là, si concrets.

Il  examine de plus près ma capacité à être aimée réellement,pour ce que je suis.

Il remet tout en cause.

Il scrute mes rêves et mes envies.

Source Pinterest
Source Pinterest

Je lui rétorque que oui, c’est vrai, j’ai soudainement peur d’être heureuse et que la hantise de ces nuits passées avec un couteau planté dans le bas ventre sommeille encore en moi.

J’ai peur,parce que je le suis,heureuse, et cela dure, malgré les petits tracas de la vie, qui deviennent presque insignifiants à côté de ce que je ressens.

Je n’ai pas été habituée à cela.

Et je ne savais pas que ça pouvait exister.

Est-ce que cela veut dire que je n’y ai pas droit?

Non. J’ai décidé que non.

Ou plutôt que si. Que j’y avais droit.

Et soudain,avoir peur d’être heureuse ne devient qu’un mirage,trouble,à l’horizon.

J’ai peut-être peur,mais je suis heureuse.

Et cette fois, mon combat pour le bonheur,je vais le gagner,tu m’entends?

 

Des tourbillons dans ma tête

Mon amoureux  vient de partir en déplacement 3 jours et contrairement à ce que pensent mes copines, je m’en réjouis.

Je ressentais le besoin de rester seule.

De rentrer le soir et balancer mes talons au milieu du salon, mettre mon vieux legging Dim et mon non moins jeune débardeur qui laisse entrevoir mon ventre imparfait.

Souffler.

Après ce week-end sous tensions à Rome.

Respirer.

Avant de changer de vie.

Réfléchir.

6846393922_4d1d3c8222_z
Source Flickr

 

Nous venons en effet de prendre une grande décision, acheter un appartement ensemble.

La plupart des couples le font un jour ou l’autre me direz-vous.

Cela implique un grand changement pour moi, pour nous.

Géographique d’abord.

Et oui, nous avons sauté le pas, nous passons de l’autre côté du périphérique et partons en banlieue.

Rien que le mot banlieue me hérissait le poil avant.

RER, TER, 2 heures de transport quotidiennes, inconnus pour moi.

Dans 3 mois, fini de mettre ses baskets aux pieds et partir au boulot en marchant.

Je sais pourtant pertinemment que nous y gagnerons en qualité de vie : plus de surface, une grande terrasse (le truc impossible à Paris), des espaces verts, une ville paisible et calme.

Et puis, est-ce qu’on va s’y plaire là-bas ?

Et puis, est-ce que je lui fais suffisamment confiance pour franchir ce pas ?

Et puis, est-ce que je ne vais pas regretter Paris ?

Et puis, est-ce que c’est vraiment lui,l’homme de ma vie ?

Et puis, est-ce qu’on va devenir des ours asociaux ?

Ma tête…une vraie machine à laver, ça tourbillonne,ça tourbillonne!

Ce n’est pas un engagement anodin, je le sais.

Nous en avons longuement discuté.

Il m’a bien répété l’autre jour qu’il fallait que je me rappelle que certains de mes rêves de petite fille ne pourraient jamais être réalisés avec lui.

Etais-je prête à le suivre dans cette aventure malgré cela ?

Est-ce que je n’allais pas quitter le bateau en cours de traversée ?

Ma première réponse a été « MAIS NON ».

Alors pourquoi tous ces tourbillons dans ma tête ?

Je me réveille dans la nuit, je dors mal, je suis angoissée, j’ai même peur, peut-être que très peur.

Ces tourbillons me font partir loin, me donnent envie de voyager encore plus loin et ne plus revenir.

Fuir la réalité.

Source Flickr
Source Flickr

Ne plus avoir envie de voir qui que ce soit.

C’est fou ce qu’on peut être positif un jour et limite dépressif le lendemain.

Mais ce n’est pas moi ça,me dis-je.

Je me demande alors ce que je regretterai si je fuyais.

Je me demande aussi qui me regrettera si je m’en vais.

Mon fils aîné ne me parle presque plus (la faute à la crise d’adolescence on me dit).

Le plus jeune me dit qu’il préfère papa (parce qu’il peut faire tout ce qu’il veut avec lui et qu’avec moi c’est nul parce qu’il faut toujours se coucher tôt me dit-il,ce petit salaud).

Peut-être que mes parents seraient soulagés de ne plus avoir cette fille qui leur fait tant honte.

Mon frère ne s’en apercevrait pas.

Et mon amoureux ?

Oh, il s’en remettrait, il a déjà survécu à un grand cataclysme, bien plus traumatisant.

Alors je me réjouis d’avoir 3 jours pour moi, seule avec moi-même mais aussi avec mes amies et avec qui j’en ai envie, comme j’en ai envie.

Parler quand je veux.

Avec qui je veux.

Ou garder le silence.

Rire fort si je le souhaite.

Pleurer si l’envie m’en prends.

Manger un pot de glace sans me soucier des calories.

Frissonner, douter,chanter, danser,aimer,transpirer,détester,m’apitoyer.

Pendant 3 jours, j’ai décidé de me laisse emporter par ces tourbillons…

Est-ce que vous aussi vous avez des tourbillons dans la tête parfois?